Réflexions

C’est quoi, la Gauche ?

Réponse en 4 actes

C’est quoi la gauche ? La question a l’air absurde, mais malheureusement, beaucoup trop de gens sont aujourd’hui conduits à se la poser.

Entre un Gouvernement qui envoie des signaux politiques contradictoires, des partis et mouvements d’extrême gauche qui affichent leurs divisions incompréhensibles pour le citoyen lambda, des politiciens qui dénoncent la collusion idéologique des partis de gouvernement, et les commentateurs politiques qui annoncent régulièrement la fin du clivage droite-gauche, et son remplacement par de nouvelles lignes de partages (nationalistes contre mondialistes, écologistes contre productivistes, libéraux contre protectionnistes…), on s’y perd carrément. Et on préfèrerait reléguer dans l’oubli éternel certaines initiatives embarrassantes comme le ridicule colloque « Eh Oh ! La gauche » organisé par la majorité précédente… Bref, la gauche, de nos jours, c’est un peu comme le tonton alcoolique un peu ringard qu’on n’assume pas mais qu’on est bien obligé de convier à notre mariage… La gauche, c’est has-been, ça sent la poussière, c’est démodé, c’est complètement XXe siècle.

Eh bien n’en déplaise aux « influenceurs » du moment, nous pensons, nous, que la gauche, ça veut encore dire quelque-chose.

La gauche existe, on l’a rencontré. Dans nos rencontres, dans nos lectures, dans nos espoirs, elle est bel et bien vivante, et si l’on se détache pour quelques instants du gloubli-boulga médiatique, ses principes et ses valeurs peuvent nous apparaître dans toute leur actualité.

Oui, il y a des principes qui distinguent encore nettement le mouvement progressiste des autres mouvements politiques. On vous propose un top 4, parce que voilà, on est sur les Internets. Alors, c’est quoi la gauche ?

1/ la défense de la dignité humaine

C’est quoi la gauche ? Tout d’abord ce sont des gens qui croient en l’universalité de la dignité humaine, au-delà de notre apparente diversité. Nous sommes absolument convaincus que, dans une civilisation digne de ce nom, chaque individu a droit au respect et à un traitement digne. Le sympathisant de gauche se distingue ainsi d’autres mouvements qui croient en une hiérarchie naturelle au sein de la communauté humaine. Pour certains mouvements politiques, il y a des catégories d’individus qui doivent être davantage aidées, protégées ou respectées que d’autres catégories d’individus : il faudrait soutenir les « vrais » citoyens contre les autres. Pour ce qui est des « autres », on a l’embarras du choix. Ils peuvent, alternativement ou au surplus, être les mécréants, les immigrés, les criminels, les femmes, les juifs, les bénéficiaires de l’aide sociale…

La défense de la dignité universelle de l’être humain n’est pas un raisonnement qui va de soi. C’est même assez contre-intuitif, car nous avons toujours des types de personnes que l’on  ne peut s’empêcher de détester, craindre ou mépriser. Parmi les piliers de la gauche, c’est celui qui peut prêter le plus à la critique. Certains partis ou militants se réclamant de la gauche semblent d’ailleurs refuser à certaines catégories d’individus le respect qui pourrait leur être dû (les plus hauts revenus, les rentiers, les chefs d’entreprise, catalogués par nature comme des parasites sans foi ni loi…) et prônent parfois leur élimination pure et simple, dans leur version la plus extrême. Mais dans la plupart des cas, le citoyen de gauche se bat contre le système qui conduit à l’émergence de certaines catégories d’individus ou comportements, bien plus que contre tel ou tel individu ou type d’individu. La gauche veut entretenir le trop fragile flambeau de la fraternité.

Un citoyen de gauche est donc humaniste.

2/ la transformation des structures

C’est quoi la gauche ? Ce sont aussi des gens qui analysent le monde et envisagent l’action politique à travers le rôle fondamental des structures sociales. Un citoyen de gauche est conscient que la plupart des phénomènes et problèmes politiques auxquels nous devons apporter une réponse sont liés à la mise en place de structures, plus ou moins consciemment établies par la société. La résolution des problèmes sociaux et politiques passe donc essentiellement par une transformation des structures. Un citoyen de droite, en revanche, insistera bien davantage sur le rôle que doit jouer la responsabilité individuelle dans la résolution de nos problèmes.

Certains mouvements de gauche s’affichent fondamentalement anti-structures : les anarchistes. Pour autant, le mouvement anarchiste se fonde sur une analyse structurelle de la société. Les anarchistes sont bien des structuralistes dans le sens où ils veulent agir sur les structures sociales existantes, pour les faire disparaître.

Cela peut paraître paradoxal tant l’expression est dévoyée dans le discours médiatique et politique actuel, mais, par essence, une politique de gauche est une politique de réformes structurelles (c’est juste qu’il ne s’agit pas exactement des mêmes que celles qui sont régulièrement proposées par les politiques et les économistes de droite…).

Un citoyen de gauche est donc structuraliste.

3/ la recherche du progrès

C’est quoi la gauche ? C’est aussi un mouvement politique qui croit fondamentalement en la possibilité et en la nécessité de l’amélioration de la société. En ce sens, la gauche s’oppose clairement aux conservateurs (ceux qui voudraient maintenir au maximum les structures existantes) et aux réactionnaires (ceux qui voudraient restaurer des structures issues d’un passé glorieux, très souvent fantasmé). Un citoyen de gauche considère lui que la société, telle qu’elle existe, peut et doit être améliorée. Il veut changer le monde.

Un citoyen de gauche est donc progressiste.

4/ la justice redistributrice

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C’est quoi la gauche ? C’est la soif de justice. Mais pas n’importe laquelle… Attention à ne pas se tromper, il y a une justice de gauche et une justice de droite. Pour un élu du front national, la justice, c’est protéger les français injustement menacés par le délitement d’une société gangrénée par l’étranger. Pour un homme politique de centre droit, la justice, c’est libérer l’économie des réflexes archaïques d’un système prisonnier des lobbies néo-syndicalistes qui étouffent la société française et l’empêchent de retrouver croissance et prospérité.

Pour un citoyen de gauche, la justice, c’est venir en aide aux personnes qui sont défavorisées par les structures déployées au sein de la société. Les citoyens de gauche s’inscrivent dans une démarche de libération, ils veulent corriger les inégalités et les situations de domination nées des structures sociales en place. Les citoyens de droite sont davantage dans une démarche de libéralisation, ils veulent favoriser l’initiative et la liberté d’action des individus, dans le cadre du monde tel qu’il existe. Mais les citoyens de gauche ne croient pas aux promesses de la libéralisation et aux avatars de la théorie du ruissellement. Pour la gauche, la libération est première.

Si l’on veut vraiment combattre l’injustice et les inégalités, il faut dès le départ corriger pour espérer vraiment libérer. Un chemin semé d’embûches… Mais on y reviendra.

Un citoyen de gauche se veut donc redresseur de torts.

Voilà, le trait est rapidement brossé, mais tout cela dessine des valeurs qui constituent un engagement politique sincère, cohérent et profond. Nous nous réclamons et nous réclamerons de la gauche, parce que nous sommes humanistes, structuralistes, progressistes, et que nous cherchons à faire vivre l’équité.

Raymond Perec, pour « C’est quoi la Gauche ».

 

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