Crochet du gauche·Réflexions

13 novembre, la révolte du jour d’après

Il y a les dates d’anniversaire des copains, que l’on oublie alors que l’on ne devrait pas ; et puis il y a les dates que l’on aimerait oublier, alors que l’on ne peut pas.

Le 13 novembre ne porte rien en lui dont j’ai envie de me souvenir. Il n’est pas le 14 juillet ou le 4 août 1789, même pas le 11 novembre 1918, certainement pas le 8 mai 1945. Il n’est pas non plus le 11 janvier 2015. Et pourtant je me rends compte que je ne l’oublierai pas. Il rejoint une série d’événements traumatiques, vécus ou cauchemardés : les 17 et 18 juillet 1936, le 22 juin 1940, le 11 septembre 1973 et le 11 septembre 2001, entre autres…

Le 13 novembre n’est pas fondateur de mon engagement à gauche, ni de la Gauche. Et son pathos n’est finalement que du pathos, une réaction incontournable et résolument humaine mais finalement stérile.

Ce serait tout de même mentir que de dire qu’il ne compte pas dans mon choix de prendre la parole, parce que depuis le 13 novembre, une peur d’une saveur nouvelle ne me quitte plus. J’ai peur pour le corps social. Peur du moment de basculement où l’on descend dans la rue pour égorger son voisin.

J’ai aimé la réaction de notre pays suite aux attentats de janvier 2015 (même si je m’en serai bien passé) et la manifestation du 11 janvier reste l’un des moments de communion nationale les plus puissants que j’ai vécus (que ce sentiment paraît lointain désormais).

J’ai été pétrifié, effondré, atterré par la réaction de la classe politique suite aux attentats du 13 novembre.

L’attentat en lui-même ne fonde rien. Il n’est rien. L’écume des jours et le traumatisme individuel. La peur au ventre, à tort ou à raison, et pour moi un sentiment « d’être adulte » plus vif et plus désagréable qu’auparavant. Mais tout ceci se joue au niveau individuel, intime. Mes états d’âme, mes peurs irrationnelles, mes cauchemars, ne sont d’aucun intérêt pour la Société, ils ne lui apportent rien.

Là où la politique s’en mêle c’est dans le discours prononcé l’instant d’après.

Des responsables politiques ont dit : « l’humanisme est fautif ».

Des responsables politiques ont dit qu’expliquer c’était excuser et ont prétendu que l’on combat plus efficacement en restant aveugle.

Des responsables politiques ont dit que l’on ne pouvait pas être musulman et français, que parce que nous étions attaqués nous ne devions pas nous sentir les frères de ceux qui le sont aussi.

Des responsables politiques ont dit que nous devions fermer notre porte aux autres victimes, et ont prétendu défendre leurs “racines chrétiennes” au mépris de l’enseignement du Christ.

Des responsables politiques ont dit que les droits de l’Homme étaient une faute et les défendre une trahison, qu’au nom de la protection de la France il fallait oublier l’enseignement de la Révolution.

Des responsables politiques ont dit que l’Etat de droit était une faiblesse, une excuse, une entrave.

Ils n’avaient pas le droit d’abandonner Marianne. Ils n’avaient pas le droit d’être aussi faibles que nous. Ils n’avaient pas le droit de paniquer. Ils devaient nous rappeler que nous étions ensemble, soudés, forts. Que nous allions prendre soin les uns des autres (tous les Hommes et tous les Citoyens) et que quelques tueurs ne nous changeraient jamais. Ils devaient nous rappeler que la France est le pays des rires et des chansons, qu’elle est une terre d’accueil et l’une des lumières du Monde.

Ils devaient nous rappeler que si nous luttons contre le terrorisme c’est au nom de la France et donc de l’Humanité toute entière.

Ce n’est pas le 13 novembre qui compte. Ce qui compte, et ce qui me révolte, c’est la suite. Le jour d’après.

Fantassin, pour « C’est quoi la Gauche ».