Crochet du gauche·Réflexions

Un audacieux combat

Ce que je tente de livrer ici relève à la fois d’une réflexion et d’un billet d’humeur, alors que les forces en présence pour la Présidentielle de 2017 se sont peu à peu déclarées ces dernières semaines et que leurs lignes politiques s’affirment.


Monstre !

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » écrivait Antonio Gramsci sur le phénomène de crise, dans ses Cahiers de prison.

Le conservatisme sous toutes ses formes en tant que philosophie politique, tendance, réflexe ou que sais-je est l’un de ces monstres.

Un monstre réactionnaire qui apparaît au sein d’une société fébrile et aux abois face aux changements qui s’annoncent, une société qui, plutôt que d’embrasser l’avancée avec force, envie et confiance cherche le statu quo des valeurs ou bien même le retour à la situation antérieure.

Ça n’est qu’une manière de voir.

Le conservatisme considère lui comme monstre ce qui s’écarte des valeurs et normes qu’il défend bec et ongles (un bec, des ongles : un monstre, puisqu’on vous le dit). Pour le conservatisme le monstre c’est le progressiste.

Nous l’affirmons sur le fronton de cette maison, nous sommes progressistes, en lutte contre les conservateurs et nous continuerons de jouer cette partie.

Babyfoot

Saladin auteur ici l’affirme dans l’article Votez à droite !  : « La gauche doit avoir le monopole des idées progressistes ».

La notion de progrès me semble devoir être définie en regard d’un objectif assigné, un objectif politique, de Gauche ou de Droite. Ainsi doit-on toujours se poser la question de savoir s’il existe ou doit exister, théoriquement ou en pratique, une approche politique progressiste de Droite. A Droite, justement, les avis divergent (1, 2). Mais je crois qu’aujourd’hui en France, la Droite majoritaire pense que non, elle ne doit pas être progressiste, l’investiture de François Fillon à la Primaire de la Droite et du Centre en témoigne.

Il me semble que progressistes de Gauche (ou réformistes, je m’y perds) et libéraux de Droite (au sens peut-être plus anglo-saxon du terme) sont conciliables – je crois à leur coalition opportuniste. En revanche et par définition, les progressistes de Gauche ne peuvent pas trouver d’entente efficace avec les conservateurs. A moins que l’une des parties ne « vende son âme » au monstre d’en-face.

Illustrons. En Espagne, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) s’apprête à se compromettre et à supporter la formation d’un nouveau gouvernement par l’ultra-conservateur Mariano Rajoy (Parti Populaire), certes dans un pays qui traverse une grave crise institutionnelle. Pedro Sánchez qui n’est plus le chef du PSOE avait, je crois, raison de s’opposer à un tel aveu de faiblesse. Le Parti Populaire n’en a pas réellement fini avec ses infâmes relents franquistes, encore présents jusque chez certains de ces jeunes militants. Sa composante progressiste est inexistante. Il n’y a pas de coalition possible sans que PSOE y perde une partie de son âme. Une alliance gouvernementale avec le parti libéral Ciudadanos, si elle se présentait, serait à considérer avec un oeil plus bienveillant. Mais peut-être la Gauche radicale espagnole, Podemos au premier rang, y verrait elle une compromission tout aussi inacceptable. La question des « deux Gauches irréconciliables », pour citer notre catalan en chef, reste posée. Mais ce sera pour une autre fois.

Revenons au nord des Pyrénées. La Droite progressiste n’existe plus en tant que force unifiée dans notre paysage politique actuel. Les libéraux apparaissent aujourd’hui bien absents du menu que la Droite nous sert pour 2017, si ce n’est dans son volet économique, qui provoque ici et chez moi de fortes remontées acides.

Les valeurs lourdement martelées dans les discours de François Fillon et consorts, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan sont celles d’un conservatisme sans ambiguïtés, à laquelle la Gauche doit en tout point s’opposer. Les bleus contre les rouges, comme au troquet.

C’est je pense une erreur de faiblesse qu’ont pu commettre Manuel Valls ici en France, Robert Fico en Slovaquie et d’autres sociaux-démocrates (dévoyés ?) lorsqu’ils marchent dans les pas du conservatisme. Peut-être la Gauche progressiste française paye-t-elle de n’avoir pas eu son Bad Godesberg, son acte fondateur social-démocrate, réformiste ou progressiste. En pensant à court terme satisfaire les électeurs, ce qui n’est de surcroît pas évident – l’original, pas la copie, ils ont en fait entrepris un travail de sape (comme jamais) de la crédibilité de la Gauche. Non, au contraire, la Gauche doit sans hésitation faire marcher à plein les forces du progrès.

De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace

Voici encore une mauvaise paraphrase de l’exclamation de Danton, je plaide coupable. Oui, pour vaincre en France il faut certainement aujourd’hui à la Gauche trouver de l’audace.

On me dira, mais oui, mais oui : la « France insoumise » c’est cela. Je reconnaîtrais à Jean-Luc Mélenchon qu’il a l’audace à la bouche depuis une décennie. C’est je crois son principal apport à la Gauche que d’avoir fait le pari audacieux de la radicalité politique.

Illustrons, encore, par-delà nos montagnes. En Italie Matteo Renzi tente, par référendum, de porter un coup au Sénat réduisant le pouvoir de cette chambre haute. Le Sénat italien est, je le crois comme en France, conservateur par essence, même si j’avoue mes limites et me contenterai d’un simple ressenti du comportement des assemblées, des sénats et des autres chambres de nos républiques européennes.

La manœuvre de Renzi est certainement discutable : certains s’étonneront de l’atteinte portée à l’équilibre de la démocratie italienne, d’autres s’interrogeront sur l’opportunité, alors que la réforme était acquise, d’un référendum qui se transforme en un vote sur la personne du président du Conseil des Ministres. Mais la réforme de la Constitution italienne relève bel et bien de cette audace progressiste et de la confiance en une vision politique avec lesquelles avancer et déborder le monstre conservateur.

Chez nous, le quinquennat de François Hollande s’achève. En renonçant à se présenter comme candidat à la prochaine présidentielle, le Président de la République avance l’heure du bilan. Ces cinq ans eurent leur lot d’audace sur le fond et la manière. Le bilan réel ou factuel des réformes menées à bien, si tant est qu’un tel bilan existe en politique, est très certainement meilleur que celui que perçoit aujourd’hui l’opinion publique. L’apparente faiblesse du Chef de l’Etat aura laissé libre court à un acharnement sans précédent. Pour autant il ne faut pas le nier, les coups d’éclats ont été ternis de tant de reculades et de compromissions calculées que les audacieuses promesses de 2012 semblent désormais bien loin. Alors que la Gauche avait tous les moyens de la République, a-t-elle péché par excès de prudence ?

De l’audace, toute la Gauche doit en retrouver ici en France, ce ne peut être le seul attribut de la Gauche radicale.

A défaut, la Gauche progressiste restera faible et le conservatisme continuera d’apparaître à nos concitoyens, leurrés je crois, comme une force et une défense, une réponse aux peurs qui les inquiètent et qui affaiblissent notre pays.

L’art de la Gauche

Probablement s’agit-il d’une audace que l’on sait pouvoir programmer et tenir sur un quinquennat, plutôt qu’un coup de clairon en campagne qui se dégraderait vite, pour un exécutif à bout de souffle, en série de couacs sonores.

Je ne sais pas écrire un programme politique. Je ne crois pas qu’ici nous ayons eu cette ambition, peut-être y viendrons pour le plaisir de l’exercice de réflexion. Alors, je ne prétendrais pas livrer ici un programme audacieux en « trois coups de cuiller à pot ». Simplement, modestement, je crois pouvoir exprimer les quelques attentes du citoyen de Gauche que je suis et les partager.

Je voudrais un programme offensif. Une Gauche qui tape aimons-nous à dire ici, qui reprenne la voie et le vocabulaire du combat. La Gauche progressiste ne doit pas avoir d’appréhension quant à l’expression de propositions clairement de Gauche. Il convient de renouer avec les attentes populaires. Mais au-delà de la formule ou des questions que peuvent soulever un populisme de Gauche, encore faut-il réapprendre à entendre ce peuple dont la Gauche progressiste, trop citadine peut-être, s’est éloignée et à lui apporter une réponse de Gauche.

Il ne faut pas chercher à donner des gages sur des terrains dans lesquels la Gauche est certaine de perdre, professerait Sun Tzu dans son Art de la Guerre s’il était appliqué à ce combat. La Gauche progressiste doit reprendre l’initiative à la Droite, la déborder sur le flanc gauche et la piquer, piquer encore la piquer. Apparaître comme une force du progrès avec un chemin clair et qui n’est pas celui de la Droite, une force politique agile et mobile contre un conservatisme figé.

Encore faut-il définir le chemin et s’y tenir. J’aimerais un programme qui nous dise quel est l’objectif politique de la Gauche, la vision à cinq ans et qui définisse quels sont les conditions de mise en œuvre, les moyens d’y parvenir. Même si ces moyens, les finances par exemple, ne sont pas là tout de suite, le programme définirait ce qu’il faut faire pour les obtenir et ne pas se laisser prendre au piège de la définition d’un Projet politique par les moyens, de facto sans audace. J’aimerais un programme qui passe un accord de méthode avec les électeurs.

Je voudrais enfin un programme qui abandonne les combats d’arrière-garde. Ce n’est pas le propre de la Gauche progressiste, elle s’y perd et n’y récolte qu’un clivage. C’est une évidence, il faut des idées nouvelles. Pour cela, il faut une sève fraîche, un renouvellement de classe propre à produire une nouvelle matière politique socialiste. On comprend dès lors que la visée dépasse 2017, peut-être même les prochaines Législatives, qui s’annoncent douloureuses pour la Gauche.

L’appareil en crise qu’est le Parti Socialiste permet-il encore cela ? A moins d’une réelle refondation, je ne le crois pas. Mais c’est un autre débat.

HuchuFuchu, boxeur dans l’équipe de « C’est quoi la Gauche ».

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