Réflexions

La morale du Salopard

Raymond dit souvent que je suis très chrétien dans ma manière d’être athée. Et c’est vrai que balancer quelques références bibliques à la tronche de ceux qui cachent leur racisme crasse derrière les soi-disant « racines chrétiennes » de la France est un plaisir simple dont je n’entends pas me priver ! Je conseille d’ailleurs le Sermon sur la Montagne à tous ceux qui souhaitent s’adonner à ce sport. Je le conseille d’ailleurs à tout le monde, c’est un beau texte. Mais je m’égare.

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Réunion de rédaction de « C’est quoi la Gauche » – Allégorie

Un peu de théologique (pour changer)

Commençons par une référence chrétienne. C’est un lointain souvenir d’un cours de philo sur la morale pour le bac où le prof parlait de La Cité de Dieu, de Saint Augustin. Le texte est ici, pour ceux qui veulent fact checker, on ne l’a pas fait, mais ça ne change rien au raisonnement. En gros, je me souviens que Saint Augustin était supposé expliquer en substance : la souffrance des damnés participe de la félicité des élus. Ce qui signifie, en langage internet du XXIème : quand un connard ramasse les gens bien kiffent leur race. Ou encore : la souffrance de ceux qui sont punis (à juste titre) est une source de bonheur (de plaisir ?) pour ceux qui sont récompensés (à juste titre également). Ce n’est pas le sentiment que justice est faite qui est satisfaisant, ni la réparation qui peut avoir été apportée par le châtiment des méchants, c’est bien la douleur des punis qui est source de bonheur. Un tel postulat m’a toujours étonné venant d’un docteur de la Foi d’une religion dont le Dieu est venu sur Terre faire l’expérience de la mort pour laver les péchés des putes et des voleurs… Mais passons, tant que je n’aurais pas le courage de vérifier ce que dit réellement Saint Augustin, je ne peux pas le tenir responsable de ce que lui faisait dire mon prof de philo.

Je peux admettre, même si je trouve audacieux d’en faire un système moral, qu’une certaine satisfaction découle de voir celui qui vous a fait du tort puni. L’être humain n’est pas un ange et cette satisfaction existe. Elle s’ajoute au sentiment de justice et au plaisir de la réparation, notamment quand on est soi-même victime. Si ce sentiment, même un peu animal, existe et est acceptable à un degré normal, il peut parfois atteindre des degrés excessifs et la société ne doit pas toujours y faire droit (il y a une différence entre la justice et la vengeance).

Mais il me semble que cette pente est tout de même glissante et que ce plaisir doit rester un plaisir coupable. Il existe, soit, il ne faut juste pas s’y adonner trop souvent. Notamment parce qu’il a tendance à déborder le strict cadre fixé plus haut de la souffrance de ceux qui sont réellement coupables et justement punis. Le plaisir retiré de la souffrance d’autrui paraît toujours louche parce que bien vite il fait disparaître toute notion de justice et se détache du plaisir que justice soit faite.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Et nous voici au cœur du sujet (un jour j’apprendrai à faire des intros plus courtes) : de nombreux responsables politiques (pas ceux décrits ici) poussent à l’extrême et au ridicule le sentiment décrit plus haut. Ils nous disent en somme : « Je vous promets le bonheur en vous offrant le malheur d’autrui ».

On sort de la logique « la punition du coupable fait plaisir à celui qui a été lésé » (qui est celle de Saint Augustin) pour aller un cran au-delà : « la souffrance de ton prochain te fera du bien ». On essaye de nous prendre pour des imbéciles. Et je le redis, l’auteur de ces lignes n’aime pas être pris pour un imbécile.

Il-y-a deux manières d’arriver à faire croire que la souffrance d’autrui (pas nécessairement coupable) peut nous apporter du bonheur : soit on se choisit une victime (une catégorie) et on prétend que sa souffrance fera du bien aux autres (c’est le bouc émissaire) ; soit on prétend – en nous prenant pour des imbéciles (voir ici) – qu’une catégorie entière est coupable parce qu’elle ressemble aux coupables : et c’est la souffrance des damnés et de tous ceux qui leur ressemblent de près ou de loin, qui permet le bonheur des autres. Le raisonnement devient le suivant : votez pour moi, je vais pourrir la vie de certains, et vous vous sentirez mieux.

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« Je le sens pas ce coup là… » se disait le bouc.

Vous ne sentez pas l’arnaque là ? Mettons qu’il y ait de réels problèmes dans la société, par exemple que des gens dorment dehors, dans le froid, sous la pluie, qu’ils y crèvent parfois… C’est inacceptable, odieux, indigne d’une société moderne. Et mettons que dans le même temps il y ait, dans cette société, des gens qui dorment sous un toit, plus ou moins au chaud, avec plus ou moins à manger, mais déjà sous un toit, dans un lit, à l’abris des courants d’air. Ici on a tendance à penser que la solution c’est de trouver un logement au gars qui dort dans la rue, pas de mettre à la rue le gars qui dort dans un lit. Quand je vais chez le garagiste parce que la clim de ma voiture déconne, je me fous pas mal qu’il aille casser le pare-brise de la voiture du voisin.

Il existe une version plus élaborée (et plus perverse) de cette morale qui consiste à promettre aux uns d’améliorer leur vie en prenant aux autres. Non pas dans une sorte de logique « Robin des bois » qui est de gauche (rappelons d’ailleurs que Robin ne prend pas à tous les riches, sans distinction, il prend aux riches nobles Normands qui non seulement ont acquis leur bien par le pillage et la conquête mais encore exploitent et maltraitent le peuple !). Non, il s’agit ici soit de prendre à des malheureux pour donner à d’autres malheureux, soit de prendre tellement à certains qu’on les transforme en malheureux pour donner à d’autres qui seront à peine moins malheureux. C’est la version pervertie de la justice redistributrice chère à notre cœur et dont nous parlons ici de manière générale et ici sur la base d’un exemple. Cette théorie est un aveu de faiblesse et une arnaque. Si on reprend l’exemple du sale con et de ma voisine (ici), un responsable politique qui promet au sale con la maison de ma voisine en mettant ma voisine à la rue n’a pas amélioré la société (et n’a aucune chance de faire baisser le taux de cons dans la société), avant comme après son élection il y a toujours autant de gens qui dorment dans la rue.

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Sommes-nous condamnés à être des salopards ?

Je ne vous demande d’être des saints, ni à vous, ni à ma voisine. Je ne suis pas un saint moi-même. Je me demande même si les saints sont des saints… Je ne vous demande donc pas d’avoir de la compassion pour le coupable. Je ne vous demande même pas de ne pas ressentir de satisfaction devant la punition du coupable. Mais franchement, sérieusement, on peut s’arrêter là non ? On peut peut-être se mettre d’accord sur le fait que le malheur des autres, de ceux qui ne nous ont rien fait, que l’on ne connait même pas, ne fait pas notre bonheur.

En tout cas je pense sincèrement qu’à force de voter pour des responsables qui nous prennent pour des imbéciles (je rappelle, au risque de me répéter, que je n’aime pas être pris pour un imbécile) en nous proposant de pourrir la vie des autres plutôt que d’améliorer la nôtre, on finit par réussir à les élire. Et ce jour là… Et bien ce jour là au mieux on n’est pas plus heureux, parce que notre vie est toujours aussi merdique (même si celle du voisin est encore plus merdique) et au pire on se retrouve dans la catégorie dont les nouveaux dirigeants décident de pourrir la vie.

Alors un conseil, si votre vie est dure, si vous êtes victimes d’injustices, si personne ne vous écoute : demandez plus pour vous, pas moins pour les autres.

Fantassin, chasseur de salopards sauvages pour « C’est quoi la Gauche ».

 

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