Crochet du gauche

C’est con, mais le racisme c’est mal

D’habitude, nos apéros en terrasse du mercredi soir se passent bien, nous rigolons de tout : des blagues érudites de Fantassin ou des sous-entendus graveleux de Serge. Surtout que cette fois-ci le PSG avait explosé le Barça en Ligue des champions et Huchu, fan de foot, devait être aux anges.

Mais ce soir, notre moment de picole n’avait pas du tout la même saveur. Malgré le temps de chien et le climat politique médiocre, nous parvenions toujours à passer un bon moment et rigoler de nos bêtises.

Mais ce soir, c’était difficile car nous sentons poindre un nouveau racisme qui plane sur nos têtes. Non pas qu’il y eut un ancien et un nouveau racisme. Mais nous sentons que notre pays traverse un cycle inquiétant et semble revenir à cet âge de l’horreur, celui qui banalise la haine de l’autre. Et ce malgré notre propension à vanter la modernité civilisée dans laquelle nous vivons.

C’est con  à dire ainsi certes, mais le racisme c’est mal. Nul besoin d’être croyant ou athée, imam ou curé pour sacraliser la vie humaine. Souvent on tente de foireuses tentatives pour dire que la crise, le déclassement social lubrifient la pente vers la stigmatisation voire la haine de l’autre. Ouais, bon… Je trouve ça absurde. Je trouve même ce discours dangereux. Je pense d’ailleurs à ce que disait ici Fantassin. Donc, en cas de famine, on peut tuer son voisin qui met toujours la musique super fort pour le manger ? Ou bien, si on perd son job, on peut insulter son beau-frère de Droite et ennuyeux qui est, lui, fondé de pouvoir trop bien payé ? Rien, absolument rien, ne justifie le racisme qui est, faut-il le rappeler, pénalement un délit et moralement une abomination. Il n’y a pas d’excuse au racisme. Aucune.

Si un homme politique encourage par des propositions scandaleuses les divisions entre les humains selon leur couleur de peau, leur foi ou encore la marque de leur dentifrice (oui je dois voir mon dentiste demain, et ça me hante), il peut engranger des victoires immédiates, mais à l’échelle de l’histoire il ne récoltera que défaite et déshonneur. A ce titre, le discours haineux de l’extrême-droite est une honte nationale. La droite qui veut faire pareil pour gagner des voix s’inscrit dans la même trajectoire de honte.

Avec les copains ce soir donc, l’ambiance n’était pas à la franche rigolade. Tenez, je leur ai raconté que mon voisin Romuald, ingénieur électronique, le bon catholique et super drôle qui est venu bruncher avec nous une fois, s’est fait traiter de sale nègre par la cousine du mari de ma voisine de palier. Hier dans le métro, une bande d’ados a pris à parti une jeune chinoise avec les pires injures possibles. L’actualité montre aussi que le racisme gangrène même nos forces de l’ordre censées pourtant représenter le visage serein de la République.

Les copains, ce soir, déploraient qu’on soit allé si loin dans la bêtise. Les médias relayent tous les jours des faits similaires. Sur les réseaux sociaux, ce déferlement de haine, c’est de la folie. Le tout dans une irresponsabilité totale de la part de notre classe politique, engluée dans son entre-soi et incapable de proposer un discours, incapable de gestes forts pour endiguer ce phénomène qui illustre l’abaissement de la France.

Je pars toujours du point de départ selon lequel les gens ne sont pas cons et qu’il ne faut pas non plus les prendre comme tel. Le racisme c’est mal, et nous le savons tous. On ne traite pas une personne de « bamboula », ni de « youpin » encore moins de « sale arabe », « sale juif » ou « sale babtou ». L’être humain est sacré, la Bible et le Coran le soulignent, et la Déclaration universelle des Droits de l’homme le consacre. Et enfin, la politesse impose de ne pas insulter les gens pour ce qu’ils sont. Donc rien ne justifie le racisme, rien ne l’excuse et rien ne le tolère. Ni une campagne électorale ni un moment d’incertitude du lendemain.

Avec les copains ce soir, nous avons tous avoué avoir peur. Enfin…  le premier ou la première l’a avoué, ensuite nous y sommes tous passés un à un de notre petit aveu sur le futur sombre. Car ce moment de recul de la promesse égalitaire de la République face à la bêtise, s’il se poursuit, nous mènera à des catastrophes terribles. Mais ce qui me rassure, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour changer de trajectoire. Il n’est jamais trop tard pour s’engager au nom de l’humain contre la barbarie et opposer au racisme un futur désirable. Et avec les copains, c’est ce que l’on essaye de faire.

Bref, ce soir, ce n’était pas super drôle avec les copains. Mais avant le fou rire général qui a ponctué la dernière imitation de Raymond, j’ai offert à Fantassin un exemplaire des Damnés de la terre de Frantz Fanon. Il m’en dira des nouvelles.

Cette soirée est à oublier, en plus la pinte à 7 euros, c’est abusé. Demain est un autre jour, même si demain c’est loin…Mais d’ici là, il y a moyen de réfléchir à la phrase de Fanon : « Il n’y a pas de destin forclos, il n’y a que des responsabilités désertées ».

Saladin, brasseur de thé à la menthe à « C’est quoi la gauche ».

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