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Revenu universel pour les jeunes : pourquoi faut-il faire décoller la fusée ?

Les jeunes galèrent. Pas tous, mais une grande majorité d’entre eux. C’est vrai en particulier pour les étudiants modestes. Financer ses études, se loger, se soigner, s’insérer sur le marché du travail c’est « chaud ma gueule » comme dirait le rappeur Niro. Être étudiant en France c’est parfois un parcours du combattant. La tête dans les étoiles mais les pieds sur terre, on vous explique en quoi le revenu universel souvent dénoncé comme utopique n’a jamais été aussi concret (nous en discutions déjà ici). Avec cette mesure, la différence pour les jeunes serait astronomique.

Houston on a un problème

Le premier étage de la fusée « revenu universel » que propose le candidat Benoît Hamon consiste à augmenter le RSA de 10 % et à l’étendre aux jeunes de 18 à 25 ans pour leur permettre de prendre leur envol. Mais la proposition n’est pas nouvelle. L’allocation d’autonomie versée aux jeunes est une revendication très ancienne de l’UNEF, reprise par le Mouvement des jeunes socialistes (MJS), cher à Benoît Hamon et que l’on retrouve régulièrement dans les programmes présidentiels socialistes, notamment en 2007 pour Ségolène Royal ou en 2012 pour François Hollande (proposition 39). Proposition reprise, mais finalement abandonnée dès le début du quinquennat de François Hollande. La fusée n’a pas décollé et s’est transformée en Troposphère 5.

Philosophiquement, l’argument souvent mis en avant est que tout travail méritant salaire, le fait d’étudier étant un travail intellectuel, alors étudier devrait être rémunéré. Mouais. De façon beaucoup plus concrète, si on ne sort pas de la « cuisine à Jupiter » comme disait l’autre, quand on est jeune et qu’on s’autonomise eh bien on galère !

No pain, no gain ?

La méritocratie républicaine repose sur les efforts consentis pour réussir. La condition nécessaire est l’égalité des chances dont le concours en est la manifestation la plus pure.

Mais si la réussite est conditionnée aux efforts scolaires et à la réussite aux examens ou à des concours, les efforts consentis pour la simple survie ne sont jamais pris en considération. Vous diriez qu’un étudiant qui a travaillé pour payer ses études en plus de réviser ses partiels est plus « méritant » ? Mais ça lui fait une belle jambe car qui en a cure ? Qui en tient compte ? Mes profs qui savaient ou qui ne savaient pas que je travaillais pour financer mes études avaient un point commun : ils n’en avaient rien à foutre. Et tant mieux.

Le système académique n’a pas à pondérer les résultats d’un étudiant en fonction de ses galères sociales. Un 12/20 d’un étudiant qui travaille à côté devrait-il valoir un 14 ou un 16/20 ? Cela n’aurait aucun sens.

En réalité, plutôt que d’inventer une usine à gaz pleine d’effets de seuil censée rétablir une certaine équité entre les étudiants, le mieux est certainement de donner réellement aux jeunes les mêmes chances de réussir leurs études et donc le même revenu de base.

Les jeunes ne sont pas des chevaliers du zodiaque

Le contre argument que j’entends souvent revient à dire que 500 ou 600 € par mois ça ne suffit pas. Ok. Je réponds que c’est le salaire net perçu pour un contrat à temps partiel de 20h par semaine dans lesquels j’ai eu plaisir à m’épanouir en travaillant plus pour gagner plus. Franchement, je m’en serais bien passé.

Donc que ceux qui trouvent que ce n’est pas assez n’en dégoûtent pas les autres. Moi je commencerai par prendre ce qu’il y a à prendre !

Non, le dispositif ne sera pas parfait dès les premiers mois. Oui, il ne mettra sûrement pas complètement fin au travail des étudiants à considérer qu’il faille absolument l’empêcher ou l’abolir. Au maximalisme des tenants du « c’est pas parfait » donc « ne faisons rien » j’oppose un réalisme social du « voyons ce que ça donne et on en reparle ».

Pour Aristote l’univers se composait de deux mondes. D’un côté un monde sublunaire, le monde terrestre, soumis aux aléas et dans lequel les choses peuvent s’altérer. De l’autre le cosmos, un monde parfait où les astres décrivent des trajectoires circulaires immuables. D’autres mecs sont venus après malheureusement et ont montré qu’il avait tort (désolé, la Terre n’est pas le centre de l’univers).

Un revenu de 600 € quand on est jeune c’est déjà bien dans le monde sublunaire. En attendant ça permettra aux jeunes livreurs à vélo qui se trimballent avec une urne sur le dos comme un chevalier du zodiaque qui trimballe son armure d’économiser leur cosmos pour se concentrer sur leurs cours de Physique par exemple.

cdz

Pour avoir travaillé constamment pour financer mes études en occupant des jobs fatigants et mal payés (vendeur, veilleur de nuit, télé-enquêteur) je n’arrêtais pas de penser à mes camarades qui profitaient des heures que je passais à gagner de quoi survivre à réviser ou à se reposer.

J’irais même plus loin. Quand on est étudiant et que l’on a besoin d’argent, on arbitre entre un job sans rapport avec ses études et plus rémunérateur et un stage valorisant et stimulant mais payé au lance-pierre. Pourquoi la pyramide des besoins serait-elle inversée chez les jeunes ? Manger et avoir un toit sont les conditions essentielles à réunir avant de pouvoir se consacrer à toute activité intellectuelle. Sans cela, Fantassin nous a déjà expliqué que la misère pouvait rendre con. Les étudiants n’ont pas à être des surhommes.

Aide-toi et le ciel t’aidera ?

Si pour certains les aides des Centre régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) et les aides pour le logement (APL) sont les bienvenues, elles ne suffisent pas toujours et, nous l’avons dit, il n’y a parfois pas d’autre moyen que de travailler pour payer ses études. Mais pire que le travail étudiant, il y a l’emprunt étudiant !

Certains considèrent que les études supérieures sont un investissement qu’il est normal de financer par un emprunt que l’on pourra rembourser par des flux futurs de revenu. Après tout, étudier c’est investir dans du capital humain dont on attend un rendement. C’est la théorie du cycle de vie. Jeune et sans thunes, je fais le pari que je vais trouver un taf suffisamment payé pour pouvoir rembourser le prêt qui m’aura servi à financer mes études.

Sauf que tout le monde n’a manifestement pas le même cycle de vie. Pendant que certains démarrent avec une ardoise sur le dos (non ce n’est pas une armure de chevalier du zodiaque), d’autres ont la chance de naître avec une cuillère dorée dans la bouche. Et démarrer dans la vie à -20 000 € de capital ou +20 000, ça change tout.

Pourquoi + 20 000 € ? Parce que c’était le montant plafond d’un don en ligne directe exonéré de droits de donation et introduit en 2004 par Nicolas Sarkozy. Il y a longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, cet homme, lorsqu’il était ministre de l’Economie et des finances, voulait que l’on puisse travailler plus pour gagner plus. Le tout en incitant les vieux épargnants Français à désépargner en faveur des jeunes de leur famille. En 2007, le plafond est passé à 31 865 €.

En 2012 le Gouvernement Ayrault est revenu partiellement sur l’augmentation du seuil d’exonération des droits de succession en établissant un seuil à 100 000 € (qui avait été porté à 150 000 € par le précédent Gouvernement dans la mal nommée loi « Travail emploi pouvoir d’achat » (TEPA)). Mais l’exonération des « petites » donations en ligne directe a subsisté. Le plafond est le même. Mieux vaut d’ailleurs le déclarer aux impôts plutôt que les services fiscaux ne le découvrent par eux mêmes. Pour déclarer ces dons (renouvelables tous les 15 ans depuis 2012, Nicolas Sarkozy ayant diminué la durée de « purge » à 6 ans en 2007) vous trouverez le formulaire ici.

Nique le cycle de vie !

Un écart de patrimoine de 40 000 € quand on démarre dans la vie ne sera peut-être jamais rattrapé. Il a même de fortes chances d’aggraver les inégalités. Le revenu universel pour les jeunes rétablit une certaine égalité des chances dans la constitution d’un patrimoine. Disons plutôt qu’il éviterait à certains de partir en étant en négatif dans la vie et réduirait les écarts. Je suis loin de considérer qu’il faille une égalité réelle pure et parfaite et qu’il faille empêcher les parents ou les grands-parents d’aider financièrement leurs enfants ou petits-enfants. Pour autant je pense qu’il y a un juste niveau et une donation de près de 32 000 € exonérée de droits avant 25 ans me paraît démesurée.

Car ce revenu universel il faudra bien le financer ! S’il permet aussi de réduire les inégalités dans la capacité des individus à se constituer un patrimoine, une partie de son financement devrait logiquement être assise sur le patrimoine ou sa transmission.

Objectif lune

En France dans le projet du budget de l’État pour 2017, on estimait le produit prévisionnel des droits de mutation à titre gratuit (c’est à dire, les donations) à 1,8 Mds d’euros et celui des droits de succession à 11,47 Mds d’euros. Christian Eckert, alors député et rapporteur de la loi de finances 2013 estimait ici que 90 % des successions étaient exonérées alors que ce taux était de 78 % avant 2007.

J’ai une proposition révolutionnaire à faire. Et si on plaçait le curseur à une exonération de 75 % des donations et successions ? Les Français, dont la part moyenne de succession est en patrimoine brut de 32 300 €, ne s’en rendraient même pas compte. L’immense, pour ne pas dire l’écrasante majorité des Français ne le sentirait pas. Ce que les gens prennent pour des impôts lors des successions, ce sont les frais de notaire, mais les français moyens ne payent pas d’impôt à ce moment-là.

J’en conviens, ça ne suffira pas à financer la mesure. Mais en matière fiscale il est permis de faire feu de tout bois.

Comme quoi, quand on veut faire avancer le progrès il est parfois utile de revenir dans le passé pour mieux se projeter vers l’avenir ! Opérer un retour vers le futur pour aider à faire décoller la fusée du revenu universel qui ne consiste pas à envoyer les jeunes en orbite mais seulement à leur donner les moyens de rentrer dans la vie, voilà un vaste programme !

Serge Armand, veilleur de nuit qui révise ses partiels à « C’est quoi la Gauche ».

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