Réflexions

Ne pas parler de la colonisation…

Je n’ai pas envie de parler de la colonisation. Et je ne suis pas obligé d’en parler ! A « C’est quoi la Gauche » le commentaire de l’actualité n’est pas notre mission. Nous visons le long terme, nous menons la  longue guerre.

Et puis les jeunes français, petit fils d’immigré algérien ou arrière petit fils d’immigré espagnol, ont besoin de thune pas qu’on se pose des questions existentielles sur ce qu’ils sont.

Non, je ne parlerai pas de la colonisation… 

…mais je ne me laisserai pas donner des leçons de patriotisme par les amis de l’abaissement national. Les forces politiques historiquement les plus compromises avec des puissances étrangères, les amis de l’actuel locataire du Kremlin, les admirateurs béats de Nigel Farage et de Donald Trump. Non, je n’ai pas de leçon de patriotisme à recevoir de ces gens-là. 

Pas de leçon de patriotisme et pas de leçon d’histoire ! Critiquer la colonisation c’est renier l’Histoire de France, cracher sur nos tombes ? N’importe quoi… Comme si la colonisation était consubstantielle à l’histoire de la France. Et comme si pour être français il fallait adhérer bêtement à tout ce qui a été fait un jour au nom de la France. Et bien non ! Vous désavouez d’ailleurs le « mariage pour tous », loi de la République ? Moi je désavoue l’invasion de pays étrangers. Vous avez choisi de désavouer une loi qui libère, qui donne des droits. Moi je désavoue la mise dans les fers de populations civiles. Non seulement je suis plus humaniste et humain que vous, mais je suis aussi plus français.

Mais je ne parlerai pas de la colonisation, je n’en ai pas envie…

…enfin tout de même, je voudrais rappeler que les racines historiques de ma pensée sont profondes. Elles plongent dans le sol de la France jusqu’en 1789. La France est une idée. Son incarnation réelle sur le sol de la République un projet et un combat. C’est ça le patriotisme mes petits. C’est l’amour d’une idée, pas d’un morceau de caillou.

Et le rejet du colonialisme par la gauche qui a le courage de ses idées (et qui en a…des idées) ne date pas d’une soi-disant repentance moderno-bobo. Il est vieux comme le projet colonialiste lui-même. Plus vieux même puisqu’il date de la proclamation de l’égalité des Hommes ! L’anticolonialisme est blanchi par les ans, comme les moustaches de Clemenceau. Pas patriote le Tigre ? Le vainqueur de la Grande Guerre ? Pas patriote ? Insultant la France quand il s’opposait aux projets d’invasion de l’Afrique ?… Allons, allons mes petits, ravalez vos insultes idiotes.

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Homme de gauche – modèle « vintage » – avec moustache

La colonisation ce n’est pas « la France » c’est une politique que nous avons combattue dès l’origine.

Mais je ne veux pas parler de la colonisation…

…sauf peut-être pour rappeler le piège grossier (mais efficace) que l’on nous tend depuis plus d’un siècle sur le sujet : la mission « humanitaire » de la colonisation. Et oui ! Tout est là. La colonisation c’est l’invasion drapée dans les bons sentiments « civilisateurs ».

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Appropriation du travail des habitants d’un autre pays « pour leur bien ».

Je crois en la mission émancipatrice de la France. J’aime l’idée que ma France porte une lumière qui se déverse sur le Monde. J’aime que les peuples qui cherchent la liberté chantent La Marseillaise et déclament la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Mais qu’est-ce que la mission émancipatrice universelle de la France ? Vous le savez l’auteur de ces lignes n’aime pas les choses trop contraires au bon sens, selon lui : émanciper c’est émanciper ; asservir c’est asservir. Si la mission de la France est d’émanciper, elle ne doit pas asservir. Qu’est-ce que le mensonge colonial ? Le fait de croire que l’on peut asservir pour émanciper. Messieurs les colonialistes, vous nous prenez pour des cons ! Quand je veux soigner quelqu’un, je ne commence pas par lui casser la gueule. Les pompiers-pyromanes sont plus pyromanes que pompiers.

Il-y-a quelque part un monde, celui des républiques sœurs et de Garibaldi, des États-Unis d’Europe aussi, où les peuples libres et égaux s’unissent dans une République qui dépasse les territoires nationaux. Mais ceci n’est pas la colonisation. Le colonialisme n’est pas et n’a pas pour but, quoi qu’il prétende, l’émancipation et l’association, voire la fusion dans un creuset national élargi. C’est un mensonge. La colonisation c’est l’invasion.

Et ses « bienfaits » ? Des effets secondaires. Des calmants qui ont permis de la maintenir. Faut-il rendre l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne sous prétexte que cette dernière a moins de chômage et moins de déficit que nous (tout en accueillant plus de réfugiés d’ailleurs). Faut-il que l’Allemagne nous envahisse pour nous sortir du marasme ? Serait-ce juste ? Légitime ? Bénéfique ?

La justification vaseuse de la colonisation et la même que celle de l’Allemagne envahissant la France et l’Europe en 1939-1940 : le IIIème Reich se sent alors investi de la mission sacrée de sauver la « civilisation européenne »… La belle affaire. Merci de ne pas passer le Rhin avec des divisions blindées, même pour mon bien. Mes petits, je suis anti-colonialiste parce que je suis patriote !

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Appropriation du travail des habitants d’un autre pays « pour leur bien ».

Pourquoi donc parlerais-je de la colonisation…

…on étouffe déjà sous les sujets identitaires et c’est une histoire douloureuse. Une histoire charnelle, une histoire qui dépasse les questions de principes : il y a les gens… Oui, parce que le piège colonial est élaboré. Certes au moment de l’invasion, l’opposition est moralement simple. Et elle peut être tranchée. Mais si on perd le combat à ce moment-là, ce qui est arrivé à ma famille politique, alors le sujet devient de plus en plus inextricable, car dans les « colonies » il y a des gens.

Mettons de côté les bourreaux et les criminels directs, ainsi que les décideurs. En un mot les responsables. Eux, on a le droit de les combattre sans retenue, ce sont des adversaires politiques. Il-y-a bien entendu les habitants originaires de ces territoires, mais parler d’eux est aisé : des soldats français sont venus et leur ont volé leur terre. Eux ont droit à notre compassion, ce sont des victimes de cette histoire.

Mais il y a aussi les autres, les gens ordinaires embarqués dans le système colonial. Il-y-a les français moyens qui s’installent ou naissent à Dakar, Alger ou Hanoï… Il-y-a Camus. Sont-ils tout à la fois complices et innocents ? Comment parler de la colonisation devant eux ? Leur naissance dans ces contrées lointaines nous condamne-t-elle à y revendiquer la souveraineté française et les bienfaits de la colonisation ? Leur retour parfois tragique en « métropole » interdit-il de contester le système colonial ? Je ne le pense pas.

Je ne pense pas qu’on les insultes en luttant contre la colonisation. Quand un candidat déclare que la colonisation est un crime, il s’inscrit dans une vieille tradition française d’opposition à l’asservissement des Peuples. Il n’insulte la mémoire d’aucun innocent.

Ne raisonnons pas par catégories absurdes ! Des français ont tué, volé, pillé, violé en Afrique et en Asie au nom de la colonisation. Ceux-là sont coupables, jugeons les. Des hommes politiques français se sont crus le droit d’asservir des Peuples étrangers en dévoyant les idéaux de la République, nous les avons combattu et nous devons continuer de combattre leurs héritiers politiques et philosophiques. Ce faisant nous ne condamnons aucun innocent. Mais cet homme né à Dakar, Alger ou Hanoï à la veille de la première guerre mondiale, qui n’a fait que vivre sa vie d’honnête commerçant ou de petit fonctionnaire, véhicule des préjugés de l’époque sans grande malice, qui n’a jamais tué, volé, pillé ou violé faisait-il partie du système colonial ? Sans doute. Comme le moindre allemand était en 1940, sans même y penser, un outil du IIIème Reich. Mais tous les allemands n’étaient pas nazis, tous les hommes ne sont pas des violeurs et tous les français vivants dans les colonies n’étaient pas des tortionnaires. On n’insulte aucun innocent en dénonçant un système criminel. La mémoire de ces gens n’est pas salie par nos convictions et notre combat politique. Je pense même qu’on leur aurait épargné bien des souffrances en ne se lançant pas dans l’aventure coloniale.

Définitivement non, je ne parlerai pas de la colonisation.

Je voudrais en réalité juste parler de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Ça fait longtemps que je promets à l’équipe de « C’est quoi la Gauche » un papier sur le sujet. Pourquoi ? Parce que pour moi la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen c’est la France. C’est l’âme de mon patriotisme.

Et c’est pour cela que moi et mes ancêtres politiques avons toujours lutté contre la colonisation : parce que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit.

Fantassin, moustachu gaulois anticolonialiste à « C’est quoi la Gauche ».

 

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