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La Parole est au Député Médian

Tout semble avoir commencé par une chronique de l’excellent Guillaume Meurice (le cœur du sujet commence à 4’01’’ mais regardez tout, c’est formidable), mais peut-être l’idée était-elle dans l’air. En tout cas elle fait son chemin. L’idée est de se pencher sur le montant de l’indemnité versée à nos représentants et de l’indexer sur le revenu médian de la population française. Les excellents camarades et grands praticiens d’OuPoPo du Temps des Lilas en parlent ici et ceux de chez Fakir ont lancé à ce sujet une pétition que vous trouverez ici.

Ici, à « C’est quoi la Gauche », nous trouvons cette proposition brillante. Voici donc notre contribution au débat sur la Proposition de Loi Meurice : la PPL Meurice, pour aller plus vite. On parlera des députés, par facilité de langage, mais tout cela vaut tout aussi bien pour nos sénateurs, même si nombre d’entre eux, de par leur âge canonique, ne sont plus en âge de travailler (mais d’être parlementaire, si ? Vraiment ? Nous y reviendrons).

Edit : pour avoir des données complètes sur ce gagne un député, mais également sur les sommes mises à sa disposition, allez voir à la source mais aussi ici et . Ce n’est pas strictement le sujet de l’article, mais nous n’imaginerions pas mettre en oeuvre la PPL Meurice sans une réforme de l’IRFM, de la réserve parlementaire et de la la fonction de collaborateurs parlementaires.

Pourquoi paye-t-on nos députés ?

Nous payons (oui nous payons, avec une fraction de notre contribution au bien commun qu’est l’impôt) nos représentants pour éviter d’être représentés uniquement par de riches rentiers (car ils ne sont pas rares chez nos élus, malheureusement). L’indemnité du député n’est pas un complément de revenu, c’est une allocation qui, comme le RSA, doit lui permettre de vivre dignement alors qu’il ne peut plus vivre de son travail puisqu’il se consacre à la vie de la Cité. Aujourd’hui nous les payons autour de 5000 € par mois.

L’indemnité du député n’a qu’une finalité : permettre à tous d’accéder aux fonctions politiques sans crever de faim (ou devoir être le client d’une puissance de l’ombre). Ce choix découle d’un apprentissage de la Démocratie. Dans les Cités antiques comme à Rome le pouvoir n’était exercé que par une caste de propriétaires agraires qui vivaient de leurs rentes. Pourquoi ? Parce qu’ils incarnaient le pouvoir économique certainement mais également parce qu’ils avaient le temps de faire de la politique. La seule manière d’avoir une chance de faire entrer au Parlement des gens qui ont besoin de travailler pour vivre, c’est d’indemniser les représentants du Peuple.

Maccari-Cicero
Raymond Perrec (debout, à gauche) interpellant Fantassin (seul sur le banc, à droite) au sujet de la toge sur mesure que Saladin lui aurait offerte.

Le salaire médian, kesskeucé ?

Le salaire net mensuel médian, que vous trouverez ici, est de 1783 € en France (données 2014). Cela veut dire que la moitié des salariés gagnaient, à cette date, moins de 1783 € par mois et que la moitié des salariés gagnaient plus[1].

A titre de comparaison, avec un salaire net mensuel de 9000 € (c’est la proposition d’un responsable « socialiste » [SIC] bien connu que vous trouverez ici, sitôt rejoint par son camarade ironiquement plus raisonnable car centriste), on gagne plus que 99 % des salariés (voir ici un graphique très didactique réalisé par une équipe de sombres gauchistes socialo-centristes qui vous permet de vous situer).

Reprenant les termes initiaux de la PPL Meurice, nous parlerons ici de revenu médian (et non de salaire médian). Nous nous en expliquons ci-dessous. Vous trouverez sur le site de l’INSEE le revenu médian annuel (figure 2 du document qui est  ici), il s’élève à environ 1680 € par mois[2].

Pourquoi la PPL Meurice est-elle une idée brillante (et pourquoi elle n’est pas populiste)

La PPL Meurice repose, selon nous, sur trois piliers : il s’agit d’indexer (1) l’indemnité des députés sur le revenu (2) médian (3). C’est brillant.

La proposition a une vertu et un objectif évidents, auxquels nous adhérons totalement : renforcer la proximité d’expérience entre les représentants et les représentés. Ceci est l’un des enjeux de la démocratie représentative. Ici nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu’ils ne peuvent être représentés efficacement que par leurs semblables, mais nous sommes de ceux qui pensent que l’on ne doit pas couper le lien organique entre le représenté et le représentant, au risque d’en arriver… exactement là où nous en sommes en France en 2017, à une crise de régime ! Mais c’est une autre histoire.

La proposition est également brillante parce qu’elle constitue une forme de pierre philosophale : un mécanisme d’intéressement des députés au progrès social. Non seulement nos représentants se trouveront dans une situation économique plus proches des représentés (c’est-à-dire nous tous), mais même ceux d’entre eux qui sont plus inquiets de leur confort matériel que de l’intérêt général (ils ne sont, espérons le, pas la majorité, mais ils existent) seront incités à œuvrer pour le bien (au moins matériel) commun.

(3) Une proposition équilibrée : le médian plutôt que la moyenne (pour suivre le raisonnement vous pouvez ouvrir un tableur et suivez les instructions données ici[3])

Si nous voulons que nos députés s’intéressent au bien de tous et pas seulement de certains la moyenne n’est pas efficace. En effet, chaque fois que Mme Bettencourt (première fortune de France) gagne un euro de plus, le revenu moyen français augmente (même de manière minime). Dès lors si l’indemnité de nos représentants est indexée sur le revenu moyen, ils peuvent se contenter de concentrer leurs efforts sur les plus aisés d’entre nous pour entraîner à la hausse leur propre indemnité. Ce n’est pas ce que nous voulons.

En revanche, la croissance du revenu de Mme Bettencourt est sans effet sur le revenu médian. Pour augmenter le revenu médian il faut faire franchir la barre à plus de monde. La médiane augmente quand des gens qui gagnaient moins que la médiane se mettent à gagner plus que la médiane. Plutôt que d’augmenter le revenu de ceux qui gagnent le plus, nos représentants sont incités à augmenter celui de ceux qui gagnent le moins.

Mme Bettencourt doit-elle s’inquiéter ? Même pas. En effet, diminuer le revenu de ceux qui gagnent le plus n’augmente pas la médiane. Il peut même arriver (si on les fait passer sous la médiane) que ça la diminue.

(2) Une proposition équilibrée : le revenu pas le salaire

Dans la pétition actuellement en ligne, on parle de salaire. Ici à « C’est quoi la Gauche », nous sommes favorables à ce que l’on indexe l’indemnité des députés sur le revenu médian et non sur le salaire médian.

Bien que le salariat soit la réalité du travail pour l’écrasante majorité des français, il y a en France de nombreux « non-salariés » : les retraités, les allocataires, les travailleurs indépendants, les rentiers,… Nous ne voulons pas que nos députés cessent de penser à eux. Nous souhaitons donc indexer leurs indemnités sur le revenu médian, afin de les inciter à ce que tous les français – et pas seulement les salariés –  voient leur niveau de vie progresser.

(1) Une proposition équilibrée : un revenu indexé sur le revenu médian

Enfin, la pétition en ligne propose de n’indemniser nos députés qu’à hauteur du médian. Nous sommes, à « C’est quoi la Gauche », plus tendres. Le travail de député n’est pas pénible physiquement, il ne s’agit pas d’être manœuvre sur un chantier. Mais s’il est fait consciencieusement il peut-être épuisant. Il est complexe, il demande une grande concentration, une grande abnégation, une profonde rigueur morale. C’est un travail qui demande d’être intellectuellement performant et affectivement disponible, de garder son calme, de rester maître de soi. Le député se déplace beaucoup, parle, réfléchit, écrit, anime une équipe, collecte les doléances de ses concitoyens. Le député siège de nuit, travaille le week-end, il n’a pas de temps présumé libre… Bien entendu nous parlons du député tel qu’il devrait être (notre responsable politique mortel une fois élu), non pas de tous les députés tels qu’ils sont. Mais certains, beaucoup, même aujourd’hui, sont consciencieux et dignes.

Dès lors nous pensons que nous pouvons, collectivement, octroyer à ceux d’entre nous qui exercent un mandat électif (pendant un temps) d’être indemnisé à hauteur du revenu médian augmenté d’un certain montant. Au débat démocratique de fixer ce montant : jusqu’à deux  fois le revenu médian (soit environ 3360 € par mois) ? C’est à voir.

panorama-hemicycle
La classe de Terminale B du lycée de Pompertuzat-les-deux-Eglises : le prof de maths procède à l’appel le matin de la rentrée.

Au total, il semble que…

Cette proposition a sa place dans le débat que nous devons avoir sur le sens de notre démocratie et la place de nos représentants. En tout cas toute l’équipe de « C’est quoi la Gauche » votera à l’unanimité la PPL Meurice.

Et loin de nous l’idée de penser que nos représentants ont besoin d’incitations pécuniaires pour penser à l’intérêt général. Si nous choisissons bien ceux d’entre nous qui sont appelés à représenter les autres, l’intérêt général est naturellement leur premier objectif. Mais s’il nous arrive de mal choisir et d’envoyer au Parlement certains d’entre nous qui pensent un peu trop à eux-mêmes, ce système devrait aider à ce qu’ils restent concentrés sur l’objectif.

Un dernier mot, cette proposition n’a rien d’utopique ou de populiste. Elle n’est pas que de l’ordre de la gaudriole. Il s’agit de réfléchir ensemble à la juste indemnisation de ceux d’entre nous qui acceptent de porter le fardeau du travail de nous représenter, ceux à qui nous déléguons, pour un temps, notre pouvoir et notre puissance. S’interroger sur la manière dont nous devons, collectivement, indemniser ceux d’entre nous qui remplissent cette fonction est éminemment politique et tout à fait crucial. En démocratie nos représentants ne sont pas une caste séparée du Peuple, ils sont une émanation directe du Peuple, ils sont « nous ». Dès lors,la question à se poser est la suivante : quel mécanisme jugeons-nous pertinent pour nous assurer que ceux d’entre nous qui nous représentent le fassent efficacement ?

La proposition est tellement légitime que j’ai comme un pressentiment que nous y reviendrons bientôt (on me souffle dans l’oreillette que Raymond voudrait mettre son grain de sel dans le débat).

Fantassin, rapporteur spécial sur la PPL Meurice pour le groupe « C’est quoi la Gauche ».

 

[1]   La différence de montant avec les copains du Temps des Lilas tient juste au fait que nous avons pris les données 2014 (ici) et non 2013 (ici), pour être cohérent avec le graphique publié par Le Figaro que nous citons.

[2]   Sans entrer dans une foule de détails techniques les données retenues ici (figure 2 de l’article de l’INSEE) sont des données de niveau de vie, c’est-à-dire de revenu par unité de consommation. En clair cela signifie que l’on a un revenu médian individualisé et non un revenu médian par ménage, qui n’aurait pas de sens pour l’exercice (il est ici pour les curieux). Le chiffre que nous présentons est un arrondi, qui a donné lieu à des débats infinis entre Raymond et moi mais qui devrait être valable à +/- 4 €.

[3]   Inscrivez la suite suivante : 1-2-3-4-5. En pied de colonne demandez à votre tableur préféré de calculer la médiane sur une ligne et la moyenne sur une autre. A ce stade elles sont égales et valent « 3 ».
1/ Remplacez 5 par 100 : la moyenne passe à 22 et la médiane ne bouge pas. Pas d’intérêt à n’aider que les riches. Revenez à 5.
2/ Remplacez 1 par 100, votre médiane est passée à 4 ; puis remplacez 2 par 5 : votre médiane passe à 5. Chaque fois que quelqu’un se met à gagner plus que l’ancienne médiane, la médiane augmente. Revenez à la suite d’origine (1-2-3-4-5).
3/ Maintenant remplacez 5 par 4 : la médiane est constante ; remplacez 5 par 2 : la médiane baisse et passe à « 2 ». Aucun intérêt de sacrifier les riches.
4/ Remplacez 5 par 2 (-3) et 1 par 4 (+3)…la médiane n’a pas bougé. A noter que votre société est plus égalitaire (l’écart type a diminué, mais c’est une autre histoire), mais nous n’avons pas progressé. Notre règle incite à créer de la richesse collective.

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