Crochet du gauche

Justin T., la politique sur Instagram

Le Premier Ministre Pierre-Elliot Trudeau portant son fils, le petit Justin, en 1973 à Ottawa (photographie Peter Bregg – Canadian Press).

La ballade de Justin jusqu’au 24 promenade Sussex…

…enfin, ce sera pour quand les rénovations de la résidence officielle du premier ministre seront achevées.

Justin, personne ne l’attendait en 2015, personne ne l’avait vu venir. Le Parti Libéral (centre) avait été laissé exsangue lors des élections fédérales de 2011 (seulement 34 sièges sur 308, contre 77 dans la précédente législature) au profit du Nouveau Parti Démocratique (gauche), soutenu principalement par le Québec (59 sièges sur les 103 obtenus en 2011). En 2012, Justin se lance dans la course à la chefferie du Parti Libéral, qu’il remportera en 2013. L’élection de 2015 verra principalement trois forces s’affronter : le Parti Conservateur de Steven Harper (presque unanimement détesté au Québec, 16,7 % des suffrages exprimés dans la province), le Nouveau Parti Démocratique (pris dans des guerres de succession suite au décès de Jack Layton en 2011) et le Parti Libéral. Justin sera considéré comme un blanc bec de la politique par les vieux routiers que sont Steven Harper et Thomas Mulcair, à tort, car il maîtrise bien mieux l’art de la communication qu’eux (à voir, le documentaire God Save Justin Trudeau).

Ainsi, le 4 novembre 2015, Justin devient premier ministre du Canada et nomme un gouvernement composé à 50% de femmes, dont une Amérindienne et des immigrés de première génération, le casting idéal : #parcequonesten2015. Il est jeune, il est beau, il est souriant, son père a été premier ministre du Canada et il veut légaliser le cannabis (pour 2018 nous annonce-t-on). On le voit partout, tout le temps, en tête de cortège aux défilés des fiertés, à Paris pour défendre le climat à la COP21, à Washington avec Barack Obama. Après dix années de l’austère Steven Harper, Justin est comme une bouffée de fraîcheur. L’image est parfaite, la communication bien rodée. On pourrait presque faire une nouvelle collection des parodies «Martine», avec Justin comme personnage principal : Justin fait ci, Justin fait ça. Mais au-delà de ces apparences et de l’instagram bien fourni, quelles sont ses réelles convictions et ses actions politiques après 18 mois à la tête du Canada ?

Justin, premier premier ministre au défilé de la fierté à Montréal, 2016 (photographie publiée sur le compte twitter de Justin).

Des paroles et des actes

(#pujadas)

Justin est arrivé au pouvoir sans réel programme écologique. Il a pourtant soutenu l’accord de Paris à la COP21, fraîchement élu à la tête d’un pays qui a quitté le protocole de Kyoto en 2012. Certes il n’était pas premier ministre en 2012, mais au Canada, on aime protéger les pétrodollars des sables bitumineux exploités dans la province de l’Alberta. Justin est depuis favorable à la construction d’oléoducs (contrairement à ce qu’il avait annoncé en campagne), mais veut imposer une taxe carbone fédérale : #souplessedegymnaste.

En matière d’immigration de travail et de règles pour accéder à la citoyenneté, l’assouplissement promis lors de la période électorale n’a pas encore eu lieu (à lire ici), mais le pays a accueilli 31 000 syriens, ce qui fait du Canada une bière à presque 0,1%. Ça manque encore pas mal d’éthanol pour donner un franc sourire, mais c’est mieux que rien et que certains pays de l’Union Européenne. Justin est un gentil et n’aime pas trop les actions militaires : il a retiré les troupes canadiennes impliquées dans la lutte contre l’état islamique, mais il a augmenté le nombre de troupes en Afghanistan et a récemment soutenu, comme bien d’autres gouvernants occidentaux, l’envoi des 59 missiles tomahawks de Trump (notre turbulent voisin du sud, qui nous achète pour 450 milliards de marchandises par an : #copain).

Comme mentionné précédemment, 50% des ministres fédéraux sont des femmes, parce qu’après tout nous étions en 2015 et que nous sommes maintenant en 2017. Mais au-delà de l’effet d’annonce, il n’y a pas encore eu d’action tangible pour lutter contre les inégalités salariales entre hommes et femmes. Néanmoins, le Canada a maintenant un siège à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies.

Une promesse de campagne du candidat Justin était la modification du système électoral, actuellement scrutin uninominal majoritaire à un tour, afin de trouver un système « plus juste et plus équitable ». Cette réforme a finalement été abandonnée. Après tout, puisqu’il est arrivé au sommet avec ce mode de scrutin, pourquoi en changer ?

En 18 mois, peu de choses majeures ont évolué au Canada et s’il y a quelques belles avancées, il est difficile de cerner la vision à long terme que Justin se fait du pays qu’il dirige. Il semblerait qu’il gouverne sur la base de sondages et a pourtant dépensé autant en 16 mois que Steven Harper en 8 ans (lire ici). Il ne s’agit pas de dire que l’augmentation de la dépense publique soit en elle-même une mauvaise chose, c’est la vision commandant cette augmentation qui soulève des interrogations.

Accordons-lui tout de même quelque crédit : il a remis le Canada au premier plan sur la scène internationale et même si tous ses beaux discours ne sont pas encore suivis d’actes, ils font du bien à entendre.

En attendant, vous pouvez suivre les aventures de Justin sur instagram : #elleestpasbellelavie?    

La Rouquine, sirupeur d’érable invité par « C’est quoi la gauche ».

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