Réflexions

Les 12 travaux d’Hercule pour la gauche d’après

Les urnes ont parlé. Aucun candidat de gauche n’aura été présent au second tour de l’élection présidentielle 2017. C’est une défaite pour la gauche mais #quoiquonendise, elle n’était pas perdue d’avance. À chaud, la campagne encore bien présente à l’esprit, et si on fixait le plan de travail pour la prochaine fois ?

1. Travailler sur une union de la gauche bien avant que la campagne ne démarre

Hamon Mélenchon
crédits photo : AFP/THOMAS SAMSON

C’est certainement le plus rageant. Une alliance Mélenchon / Hamon aurait probablement pu être présente au second tour. Tout le monde s’accordait à le dire dans leur électorat. Aucun des deux candidats n’a été en capacité de faire le premier pas. Pour la France Insoumise, le rapprochement avec le Parti Socialiste était impensable, fût-ce avec sa frange la plus à gauche. Pour le PS, un rapprochement avec la France Insoumise était possible… tant que le PS était en tête. Lorsque les courbes des sondages se sont inversées, l’union de la gauche que Benoît Hamon appelait de ses vœux a soudainement disparu. La tentative désespérée du candidat issu de la « belle alliance populaire », la primaire du PS, à quelques semaines du premier tour n’aura servi à rien. Le PS a été pris à son propre piège du vote utile.

Les raisons de cette union impossible ? Le ressentiment très fort des tenants de la France Insoumise face à la vision hégémonique du vieux PS d’Epinay qui parle d’abord de cuisine électorale avant de parler de fond. Du côté du PS, l’incapacité à comprendre que cette union ne pouvait pas se construire dans l’urgence.

La leçon à retenir est déjà connue. On ne fait que redécouvrir la martingale éculée du rassemblement de son camp. Elle prend du temps, elle nécessite de se parler, de s’écouter. Les 5 prochaines années devraient suffire, mais il faudra s’y mettre dès aujourd’hui.

2. Clarifier le positionnement sur l’Europe

Europe
crédits photo : AFP / CLEMENS BILAN

Sur cette question, le moins que l’on puisse dire c’est que la gauche est mal à l’aise. Évidemment, publiquement, chacun assumera que sa position est la bonne, la seule. En pratique toutefois, sur le terrain en particulier, la réalité est plus compliquée.

Le point de départ est pourtant partagé : même si on l’aime quelque chose ne va pas en Europe. Manque d’ambition, absence des peuples et de la démocratie, critiques de ses orientations, emballement de la machine administrative. Certains ont voulu faire passer Jean-Luc Mélenchon pour un anti-européen. Plus précisément, il est contre cette Europe telle qu’elle est.

Le désaccord sur la méthode est plus profond en revanche. Les petits pas d’Hamon apparaissent comme une compromission à la France qui ne veut pas se soumettre. Et dans ces cas-là, il faut soit se soumettre, soit se démettre. Et c’était le sens de la tactique de Mélenchon entre un plan A destiné à réorienter l’Europe via un rapport de force en agitant la menace, volontairement crédible et probable d’un plan B qui fait office de repoussoir avec la perspective d’un « Frexit ». Ce plan B a constitué une source d’angoisse pour tous les européens convaincus et effrayés par la perspective d’un isolement de la France vis-à-vis de ses partenaires Européens.

La gauche n’en finit pas de ne pas digérer la division profonde issue du référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005  (quand Jean-Luc était encore « dans » le PS)  et, avant cela, sur le traité de Maastricht de 1992.

Si la pierre d’achoppement est la méthode, peut-être faut-il en changer. Le rapprochement du Parti de Gauche de ses partis « frères » européens, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Grèce, de même que les déplacements de Benoît Hamon au Portugal ou en Allemagne sont des signaux encourageants. La gauche bute sur un manque de réalisme trivial que tout le monde lui oppose dès qu’elle se met à rêver d’une autre Europe : « les Allemands vous diront Nein ! ».

Pourtant, cela a été dit dans la campagne présidentielle : les pays Européens ne sont pas, pris isolément, un bloc homogène. La gauche a oublié la proximité que les leaders de la gauche internationaliste et ouvrière entretenaient en Europe. À la veille de la guerre de 1914, le grand Jaurès répétait à l’envi que la première victime de la guerre que l’on redoutait alors serait la classe ouvrière indépendamment de sa nationalité. Les réunions publiques qu’il tenait alors dans la salle parisienne du Tivoli-Vauxhall avaient des invités européens. Il tenait des réunions publiques en Europe et en particulier, ironie de l’Histoire, à Bruxelles quelques jours encore avant sa mort.

Pour que la gauche puisse reparler d’Europe en étant crédible, il faut que les gauches européennes s’entendent et se parlent. Sur cette question, toute position franco-française serait, pour la gauche, non seulement vouée à l’échec mais également contre nature.

3. Promouvoir un patriotisme émancipateur contre le repli nationaliste

Patriote
Imagerie de l’Armée d’Alsace, STRASBOURG 1939

La gauche française, fille des lumières et de la Révolution s’est fait voler le patriotisme. Le patriote ce n’est pas l’amoureux béat du drapeau et de son bout d’Hexagone. Le patriote c’est celui qui, dans les années 1790 est amoureux du fait national et des acquis précaires mais émancipateurs de la Révolution : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’abolition des privilèges, la fin (certes sanglante) du fait du Prince. Le patriote est un amoureux de la cause des peuples contre les Tyrans qu’elle veut faire descendre au cercueil. Un amoureux de la patrie qui se défend contre la cause réactionnaire des cours européennes se sentant menacées, l’Autriche en tête.

Ironie de l’histoire, encore, c’est Emmanuel Macron qui lors de son discours à l’issue du résultat du premier tour de la présidentielle a fait référence au patriotisme. Pour autant, on est en droit de penser que cet appel avait tout d’un coup tactique destiné à faire un appel du pied à ceux qui étaient tentés de voter pour Marine Le Pen au second tour.

Le patriotisme, tel que la gauche l’entendait, s’est peu à peu mué en repli nationaliste et identitaire. Marine le Pen tend à utiliser patriotisme et nationalisme comme deux synonymes qu’ils ne sont pas. Le patriotisme a non seulement été dérobé par le FN mais il a également été dévoyé, fourvoyé, usurpé. Le patriotisme brisé, le patriotisme martyrisé dit souvent notre Général de Gauche.

Si le patriotisme refait parfois surface à gauche sous un jour nouveau, économique (le «made in France » cher à Arnaud Montebourg), une réflexion plus large autour du concept paraît nécessaire et devrait nous amener à nous interroger sur la place de la France dans l’Europe et plus largement la voix que la France veut porter dans le monde. Ni angélique, ni soumise, la voix de la France devrait pour la gauche rester à la fois indépendante, humaniste et fidèle au multilatéralisme.

4. Ne pas se tromper d’adversaire

Frasier
Le combat du siècle Ali-Frasier, le 8 Mars 1971 – crédits photo Photo File

L’adversaire ce ne sont pas les autres formations de gauche. Certes, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont passé un gentlemen agreement dès le début de la campagne destiné à ne pas se nuire mutuellement. Force est de constater que dans les faits, chacun y est allé de son petit coup de canif dans le contrat.

Cet écueil est finalement le corollaire de l’absence d’union des gauches. La tentation est trop forte, lorsque l’on joue sa place au second tour ou le remboursement de ses frais de campagne de taper l’autre candidat de gauche au détriment de l’intérêt ou des aspirations de l’électorat. Le meilleur remède ? S’unir, faire front et programme commun pour ne pas risquer de se tirer une balle dans le pied. Facile à dire mais difficile à faire. Encore une fois, nous avons 5 ans devant nous.

Mais la leçon du premier tour est claire, en tout cas pour nous ici à C’est quoi la Gauche, qui n’avons finalement pas tous voté pour le même candidat  : il vaut mille fois mieux faire un pas vers son voisin immédiat, avant la campagne, quand on a le temps de discuter au calme, que de se retrouver, au soir du premier tour, éliminés par l’extrême droite.

Soyons clair, ce qui se passe en 2017 est une redite de ce qu’il s’est passé en 2002 à savoir  l’élimination de la gauche par l’extrême droite au soir de premier tour de l’élection présidentielle.

5. Travailler l’opinion en (H)amon(t) ?

Le revenu universel est une idée ancienne. Une bonne idée, même si les modalités pratiques doivent encore être travaillées. Mais déjà, on pourrait faire décoller le premier étage de la fusée, destiné aux jeunes.

Pourtant son arrivée dans le débat politique « grand public » a été tardive. Elle s’est imposée comme un marqueur du renouveau des idées de la gauche et a grandement servi Benoît Hamon pour remporter la primaire de la belle alliance populaire.

Hamon était-il en avance sur son temps ? Certains diront que oui. D’autres diront qu’il était opportuniste. D’autres enfin qu’il a gâché la belle idée du revenu universel qui n’était pas assez au point… Ce qui est sûr, c’est que ce genre de proposition dont l’impact sur la société est énorme, nécessite une certaine maturation dans l’opinion. Plus qu’un écueil à éviter, la victoire future de la gauche dans la bataille des idées nécessitera de la constance dans les propositions et de travailler l’opinion dans la durée. Il ne faut pas jeter ce qui n’a pas permis d’être élu. Il faut garder des choses pour le coup d’après et accepter que ce que l’on sème ne porte parfois ses fruits que 10, 15 ans ou 20 ans plus tard. Pensons au programme commun mais aussi au programme Républicain élaboré sous le second Empire et poursuivi jusqu’à la fin du XIXe siècle, notamment par les Radicaux.

Programme commun
La signature du programme commun à l’été 1972.

La VIe République est certainement la plus parfaite illustration contemporaine de cette opiniâtreté. Cette idée, autrefois minoritaire, peut devenir majoritaire. Nul besoin d’en faire un marqueur à gauche en 2017 puisque 2012 était passé par là et que le thème avait déjà suffisamment été développé. Si la VIe République a été mise en avant, c’était davantage sous la forme du rappel : « au fait, il va de soi qu’on le fera ». Et il faut rappeler que notre ralliement à la Ve République ne fut jamais que conjoncturel, opportuniste disait notre Général de Gauche qui n’aime pas ces institutions.

Le combat des idées doit donc être poursuivi, dans la durée, et sans crainte de semer dans les 5 ans à venir ce qui peut-être ne portera ses fruits que dans 15 ou 20 ans. Le recul de l’histoire du progrès social invite à la plus grande humilité. Les congés payés, la protection sociale, le temps de travail, sont des combats menés sur près de deux siècles. C’est la vocation de la gauche de ne pas prendre peur face au temps long. La gauche sait qu’il y aura d’autres batailles.

6. Construire un récit autour de la société

La seule ambition d’une famille politique ne peut être la « gestion », son rôle est aussi de donner du sens à la vie en société. La politique n’est pas la morale, mais la politique c’est faire des choix et pour faire des choix il faut avoir des critères. Comment opérer un choix politique ? En se référant à quelques principes fondamentaux, constitutifs de l’engagement initial.

Nous essayons modestement d’apporter notre pierre à cet édifice. Car depuis au moins 15 ans, on ne fait plus cet effort à gauche, ou en tout cas plus assez. Les critères du choix politique sont rejetés dans le champ de la morale ou de la technique voire, encore plus grave, emprunté au camp d’en face pour « faire sérieux et raisonnable ».

Qu’est-ce qu’une vision du Monde ? C’est ce qui permet de répondre à la question « pourquoi c’est bien ? ». Dans le débat politique c’est cette question qui est essentielle. Et si on ne sait plus répondre à cette question, on perd pied et nos adversaires nous balayent.

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Par exemple, il ne sert à rien, à notre sens, de rappeler aux élus du FN que le racisme et l’antisémitisme sont des délits et pas des opinions. Ils le savent bien. Et ce sont des délits et pas des opinions que parce que nous nous sommes collectivement mis d’accord pour considérer que ces actes étaient suffisamment graves pour mériter d’être punis. Ce qui est utile c’est de rappeler pourquoi ces actes sont graves et pourquoi ils méritent d’être des délits. Il s’agit de revenir à la source du consensus social, de rappeler pourquoi ce choix est le bon. Et si nous ne sommes pas capables de démontrer pourquoi un choix est bon pour le corps social… nous méritons de perdre les élections !

La gauche a bien souvent négligé ce combat culturel. Elle s’est contentée d’être une force gestionnaire. Parfois même elle est allée jusqu’à penser et agir en fonction de la vision du Monde des autres. Incapable de s’accorder sur le contenu d’un « futur désirable » (ceci est un clin d’œil aux derniers des Mohicans hamonistes), elle a adopté les critères de choix du camp d’en face. Cet apparent consensus extrait du champ démocratique le réel enjeu des grandes élections : la fixation du cap de ce qui est souhaitable. Il ne sert à rien de construire des listes de mesures, ou de s’insurger contre les propositions du camp d’en face, si on n’est pas capable d’expliquer au nom de quel Idéal et pourquoi cet Idéal est le nôtre. Charge à ceux qui se présentent au suffrage de faire adhérer à leur Idéal.

Il ne s’agit pas de construire une idéologie dogmatique qui interdit tout compromis pratique, dans la gestion quotidienne, avec ceux qui ne partagent notre vision du monde. Il ne s’agit pas non plus de ne plus être capable de faire la différence entre l’adversaire et l’ennemi, entre celui qui est avec nous dans le champ du débat idéologique et celui qui s’en est lui-même exclut.

Il s’agit tout simplement de savoir qui nous sommes et ce que nous avons à offrir. De savoir pourquoi l’on se bat et de tenir sa parole. De ne pas se ranger derrière des absolus et d’accepter le débat pour démontrer pourquoi nos propositions sont justes.

7. Tenir la rue, battre le pavé

République
crédits photo : AFP / BERTRAND GUAY

Qu’on se le dise : la gauche n’est elle-même que dans la lutte. Lutte pour défendre ses acquis, ou lutte pour accéder à de nouveaux droits. C’est là une expression politique naturelle et historique de la gauche, qu’elle a reçu en partage avec les syndicats, mais qu’elle ne doit pas abandonner.

Souvenons-nous du débat de la primaire de la Droite. À la question «quand avez-vous manifesté durant votre vie politique ? », les seuls combats menés dans la rue évoqués par les candidats de la droite et du centre étaient celui pour l’école libre contre le projet de loi Savary de 1984 et celui de la Manif pour tous contre le mariage des personnes de même sexe en 2013.

Posez la même question à quelqu’un de gauche, il vous parlera du projet de loi Devaquet (réforme des Universités), du plan Juppé (retraites et sécurité sociale), des réformes Fillon (retraites, éducation, etc.), du Contrat Première Embauche de Villepin, de Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002, de la loi LRU de Valérie Pécresse en 2007 (autonomie des Universités), de la réaction républicaine au discours du 30 Juillet 2010 de Nicolas Sarkozy à Grenoble, pour la VIe République, pour le mariage pour tous, plus récemment encore contre la loi Travail et tout cela sans compter les luttes sociales sectorielles ou plus larges et les 1er mai. La liste n’est pas exhaustive mais il n’est pas nécessaire qu’elle le soit pour être longue.

Cet inventaire à la Prévert nous rappelle une chose : la gauche dispose d’un espace pour contester et contre-proposer. Gardons-nous de ne pas l’oublier et utilisons-le pour les 5 années qui viennent. Un conseil : achetez-vous de bonnes chaussures et prévoyez des pansements pour les ampoules car il faudra retourner dans la rue.

8. Être une avant-garde éclairée plutôt qu’une somme de combats d’arrière-garde

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Logo de la revue « Avant Garde » (1968-1971) dans la police du même nom – Auteur : Herb Lubalin

Battre le pavé ne se fera pas sans cause, pour le plaisir de défiler même si on aime ça. L’objectif sera de revendiquer de nouveaux droits par la démonstration d’une aspiration forte et déterminée de la société. Si les mouvements sociaux précèdent le législateur, ce sera bien à lui in fine de traduire dans notre Droit les avancées.

La gauche doit être attentive aux signaux faibles, à « ce qui monte » dans la société et adopter une approche cohérente sur les revendications sociales ou sociétales. Le risque de la démarche est d’aboutir à une somme de propositions exigées de la part de minorités en oubliant l’intérêt général.

L’écueil est bien réel : parler à la France et devenir majoritaire est plus complexe que de s’adresser à diverses clientèles électorales. À vouloir satisfaire tout le monde, on ne convainc personne. Diviser la société française en autant de segments comme une société de marketing le ferait pour vendre une lessive est voué à l’échec. Parce que l’intérêt général préoccupe tout le monde, nous pensons quelque chose des propositions qui sont faites aux groupes sociaux dont on ne fait pas partie. Un jeune Français diplômé hétérosexuel en bonne santé a quelque chose à faire des retraites, du vote des étrangers, du mariage pour tous, de l’Hôpital, des jeunes sans qualification et de leur insertion sur le marché du travail. Partant, la gauche n’a pas à s’adresser aux uns et aux autres mais bien à tout le monde. En cela nous rejoignons les camarades – permettez-nous cette familiarité – de Le Vent Se Lève et en particulier Lenny Benbara dans son article récent sur la faillite de la gauche Terra Nova.

9. Primaire or not primaire ? un programme avant un candidat

La primaire ne fait pas partie de l’ADN politique français. C’est une pratique encore récente censée être une machine à gagner. Si elle est relativement ancrée à gauche, elle a essaimé à droite avec, dans les deux cas, les défaites qu’on lui connaît.

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Ecole primaire de Saint Jean Le Vieux (01)

Les primaires ont débouché sur la catastrophe des désistements de ceux qui s’étaient engagés à soutenir le vainqueur, à droite comme à gauche. La faute à la primaire ? Les institutions sont des outils, mais si on perd une bataille parce que tous les généraux ont trahi, dit-on que les armées ne sont pas le bon outil pour gagner les guerres ?

Soyons clairs, quand les gens mentent, renoncent à leur parole, déchirent comme un chiffon de papier leurs engagement écrit, nulle institution ne peut fonctionner. Les primaires furent une catastrophe, oui, mais comment éviter la catastrophe quand nul ne compte respecter sa propre parole ? Nous avons été choqués du comportement de nombreux de responsables, notamment du Parti Socialiste. Nous n’oublierons pas.

Est-ce que pour autant les primaires sont une machine à perdre ? Il ne faut pas confondre causalité et corrélation. Les deux grands perdants de la présidentielle sont issus de primaires. Donc la primaire fait perdre. CQFD.

Il suffit d’un contre exemple et il existe. En 2012, François Hollande a été élu à l’issue d’une primaire. Les causes de la défaite ne sauraient résider intégralement dans le mode de sélection du candidat de la gauche.

La raison existe et s’avère relativement simple : comment suivre le vainqueur si l’on n’est pas d’accord à l’origine sur la ligne politique ? La façon dont les primaires de gauche et de droite se sont déroulées « une personne = une ligne » ne règle pas les désaccords programmatiques. Là encore, la réflexion préalable sur le programme a été escamotée. Nous nous sommes déjà ici intéressés à cette question.

Initialement la primaire de la gauche ne devait pas avoir lieu. Dans son scénario idéal, le Président de la République prévoyait de briguer un second mandat en faisant une campagne courte à l’américaine (« four more years ») où la question qui devait être posée ne devait pas être « que fait-on ? » mais « on continue ? ». Dans ces conditions, la primaire ne réunissait pas les conditions nécessaires à la réussite du candidat qui en était issu.

Nous pensons que la primaire constitue une avancée démocratique qui fait respirer les partis en ouvrant largement à l’électorat de gauche, ou de droite, la possibilité de désigner un porte-drapeau du combat nécessairement collectif qui vient.

10. Être un principe actif dans la société

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La Gauche, diffusant ses bienfaits dans le corps social.

La Gauche ne peut se contenter de faire de la politique tous les 5 ans. Nous l’avons tous dit, répété, la lutte contre l’extrême droite ne peut être une activité à laquelle on consacre 15 jours de sa vie à chaque élection présidentielle. Cette to do list est là pour ça.

Mais la Gauche ne peut pas non plus se contenter de faire de la politique. Notre combat est culturel, nous l’avons rappelé. Il est aussi social. La Gauche doit être une force d’émancipation sur tous les plans, à tout moment. La Gauche a une responsabilité envers le peuple.

Notre conviction est notre responsabilité d’agir pour les plus démunis ne commence pas le jour où nous gagnons les élections. On se félicite aujourd’hui de l’implication de la « société civile » voire des start up dans les fonctions d’éducation populaire et d’aide à ceux qui souffrent. Nous pensons ici qu’un mouvement politique moderne, populaire et de Gauche doit également s’investir dans ces actions.

Le PCF en son temps avait des bibliothèques, animait des cours du soir et irriguait une myriade de spoutniks d’action sociale et de sociétés d’entraide. Des outils de propagande ? Peut-être. Mais aussi des outils de structuration du corps social et des moyens concrets d’action pour le progrès social. Quand un mouvement politique permet à un ouvrier qualifié de passer un brevet de technicien, pas par tricherie ou clientélisme, mais en l’aidant à obtenir des qualifications, en le soutenant dans la préparation de son examen, parfois en lui fournissant un complément de salaire pour les jours chômés, le progrès est en marche et il n’y a rien à renier.

L’action éducative est une tradition de la Gauche. Mais la Gauche comme force sociale doit aussi être une force de secours pour les plus démunis. L’extrême droite aime caricaturer la générosité pour en faire un monstre grotesque. Elle distribue de la soupe au cochon devant des caméras et fidèle à la morale du salopard prétend améliorer la condition des misérables en créant une catégorie de plus misérables encore.

Fidèles à l’Humanisme et au bon sens, nous servirons des soupes qui seront du goût de tous. Une force de Gauche, dans un monde dur, doit être une force de secours : pour nos concitoyens qui subissent le chômage, pour nos concitoyens qui dorment dehors, pour nos concitoyens qui souffrent.

Éducation, secours mutuel, assistance, aide aux plus démunis… Il y en a du travail pour le militant de Gauche quand il n’est pas occupé à débattre, coller des affiches, distribuer des tracts. Ce travail ne nous fait pas peur, il est la noblesse même de notre engagement.

11. Intégrer pour de bon l’écologie au logiciel de la Gauche

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Visuel de la France Insoumise pour la campagne présidentielle 2017

L’écologie est restée le vilain petit canard de la politique française mais ici, nous aimons les canards ! Malgré l’impérieuse nécessité de ce combat, aucun parti de gouvernement n’a su s’en emparer. Pour la droite, l’écologie est un luxe que l’on ne peut se payer quand la compétitivité des entreprises françaises doit passer au premier plan. Pour une partie de la gauche, c’est une lubie de petits bourgeois qui se traduit par des restrictions touchant d’abord les salariés pauvres, cœur de l’électorat populaire. La politique des gestionnaires ne s’accommode pas de l’écologie.

C’est une erreur désastreuse, quand on voit s’accumuler les preuves du péril que fait peser l’exploitation irraisonnée des ressources naturelles sur la santé humaine, la stabilité géopolitique et la capacité même de survie de l’humanité. Le combat de la Gauche a toujours été celui de la dignité humaine et de la solidarité. La Gauche doit sans tarder prendre au sérieux la problématique environnementale, pour préserver le socle de libertés et de droits que nous avons mis tant de temps à construire. Elle doit se battre pour le droit des générations futures à vivre dans un monde habitable et apaisé. Elle ne doit pas s’enfermer dans le piège du court terme entretenu par notre système électoral actuel.

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont eu le mérite d’intégrer la préoccupation environnementale au cœur de leurs programmes présidentiels. Au milieu de cette campagne électorale à bien des égards décevante, voilà un acquis qu’il nous faudra préserver et enrichir. L’humanité du siècle à venir sera écologiste, ou ne sera plus.

12. Mener la bataille culturelle

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A voir sur slate.fr – crédits photo : REUTERS / Marko Djurica

La gauche a perdu la bataille électorale mais sur les ruines de 2017, elle peut renaître en se muant et en allant défricher de nouvelles terres de lutte. La bataille culturelle a été perdue par une gauche qui avait pourtant le monopole des idées et du progrès. Et c’est là l’urgence de la gauche d’après. Aller à la reconquête en articulant un travail de terrain et en pensant un projet pour le futur qui puisse lui conférer une hégémonie culturelle dans le pays.

La victoire d’Emmanuel Macron est le moment de trancher enfin la vieille querelle entre les gauches, celle dite de gouvernement et celle qui essaimé chez les travailleurs et avait le monopole de la contestation urbaine. Un projet d’avenir peut réconcilier les gauches et les inscrire dans une dynamique hégémonique. Ce travail, il ne faut point se leurrer, n’est pas l’affaire d’un quinquennat, mais il sera long, âpre et inclusif.

Que sera concrètement la gauche d’après ? Elle devra allier une culture de gouvernement et une hargne dans la mobilisation de citoyens que la mondialisation touche de plein fouet. Les jeunes pessimistes face à leur avenir, les ouvriers frappés par la désindustrialisation, les populations dans les quartiers, les fonctionnaires cibles des purges du néolibéralisme, les artistes souvent précaires sont le socle de ce peuple de gauche qu’il faudra à nouveau mobiliser dans une nouvelle épopée politique. Cette mobilisation se fera dans les entreprises, les think tanks, associations, la rue mais aussi et surtout sur une internet qui est, au delà des excès consubstantielle à l’outil, le lieu démocratique d’expression des avis du peuple.

Il nous faut un nouveau moment de reconnexion du champ politique avec les idées qui furent hélas, hormis chez Mélenchon, grandement absentes de la campagne électorale. La gauche n’a pas à vendre son âme dans une alliance où elle part déjà désincarnée avec Emmanuel Macron. Elle n’a pas non plus à être une pâle copie de la droite. Elle l’a tenté sous le quinquennat de Hollande, et n’a récolté qu’une défaite lamentable. Elle doit à nouveau se doter d’une vision de la société en phase avec ses valeurs de liberté, d’égalité et de justice sociale. Elle doit porter le projet de changer la vie des gens par un combat culturel qui lui octroiera à nouveau une hégémonie en France et en Europe.

Serge Armand, Fantassin, Raymond Perec et Saladin, chats à neufs vies à « C’est quoi la Gauche ».

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