Crochet du gauche·Culture & Confiture

Punching nazis

Ici à « C’est quoi la Gauche » on aime les jeux vidéos (Raymond vous en parle ici) et, BREAKING NEWS, on n’aime pas les nazis. Du coup, nous ne pouvions pas manquer l’annonce de « Wolfenstein II – The New Colossus » sur twitter (ici) et son détournement , mi-militant, mi-putaclic, du « Make America Great Again » (MAGA) de Trump.

Pour ceux qui connaissent la série Wolfenstein, rien de nouveau sous le soleil : on tue du nazi dans un univers sombre peuplé de robots, en lieu et place des zombies et des loups garous qui peuplaient le jeu dans sa période classique.

Les nazis sont méchants

Red Skull, méchant éternel (et éternel nazi) de l’univers Marvel.

S’il est dans la culture geek un méchant facile permettant d’ancrer dans notre monde l’image du mal absolu, c’est le nazi. Dans cette culture largement nourrie au sein du plan Marshall, le nazi est l’ennemi perpétuel, la némésis absolu. Il est l’ennemi de Captain America et de Wonder Woman, mais les pulsions génocidaires (et l’angoisse de l’atome) irriguent bien plus largement une bonne part de la littérature « Comics » des années d’immédiat après-guerre à nos jours.

L’expérience de l’horreur et notamment celle du génocide est centrale dans le mythe du mutant, et la crainte du « retour » des nazis (cachés sur la Lune ou au cœur même de nos sociétés voire de nous-mêmes) fournit un motif perpétuel pour justifier le combat du héros et mettre en avant sa valeur morale impeccable. Plus ou moins subtilement et plus ou moins sincèrement, c’est aussi un perpétuel appel à la vigilance qui est ainsi fourni aux démocrates vainqueurs.

Pourquoi des sociétés (d’Hollywood aux éditeurs de jeux et de comics) dont le but est de vendre des bandes dessinées, des jeux et des films au plus grand nombre (et donc d’éviter d’être « clivants ») affichent-elles donc aussi facilement un postulat proprement politique ? Tout simplement parce que depuis l’ouverture des Camps de la Mort, la lutte contre les nazis est un objet de consensus politique, réputé créer un « Nous VS Eux » absolu.

Band of Brothers, épisode 9 « Why we fight ».

Face à la menace suprême, face au délire génocidaire, toutes les différences s’effacent, tous les clivages disparaissent et les masques tombent. Quand le drapeau à swastika est brandi par un fou ou un imbécile, les discussions cessent. Finalement, combattre les nazis était devenu un thème culturel banal parce que non clivant.

Charlottesville…

Ce consensus joue également, vu de l’extérieur en tout cas, un rôle particulier dans la construction de l’identité américaine. C’est la victoire contre le nazisme qui a projeté les Etats-Unis comme puissance globale. Le nazisme, dans la littérature et le cinéma américain « classique » est fondamentalement « anti-américain ». Idéologie oppressive, affirmant la primauté du groupe sur l’individu et niant l’autonomie de la volonté, le nazisme est un repoussoir parfait pour la démocratie américaine. L’aigle du Reich est l’image maléfique de l’aigle à tête blanche.

De Meet John Doe (et ses milices pré-fascistes) à Indiana Jones, de Captain America à Captain America, de The Dirty Dozens à Inglorious Basterds, être américain c’est se constituer en rempart contre cette folie des hommes qu’est le nazisme.

Mais nous avons assisté aux événements de Charlottesville…

Angry white males…

La tolérance pour les intolérants, un piège (à cons) de la raison

Depuis, internet bruisse d’un murmure sordide qui s’est à nouveau manifesté lors de l’annonce du nouveau Wolfenstein (qui a utilisé pour sa promotion le slogan « Make America nazi-free again », détournant le MAGA du candidat Trump et le hashtag #NoMoreNazis). Ce murmure n’est pas seulement l’écho du braillement d’excités en polo qui brandissent des torches anti-moustiques, il est plus large et plus pernicieux : a-t-on le droit de contester aux nazis les droits reconnus à tous par le cadre démocratique que nous défendons ?

Nous avons récemment vu fleurir sur divers réseaux sociaux, des déclarations du type : « si l’on croit vraiment à la liberté d’expression, alors il faut laisser les nazis s’exprimer » ; voire même « le nazisme est une opinion aussi recevable que l’anti-nazisme ».

Ici, à « C’est quoi la Gauche », nous aimons les questions, mais nous ne voulons pas non plus passer à côté des choses simples. Doit-on au nazisme, en tant qu’opinion politique, le même respect qu’à toute autre opinion politique ? Non.

Pourquoi ?

Après tout le raisonnement est bien huilé : « Vous démocrates gauchistes croyez à la liberté d’expression et d’opinion, vous devez donc nous octroyer, à nous nazis, ces mêmes libertés, au nom même de l’adhésion à vos propres valeurs. Si vous nous les refusez, vous vous révélez pour ce que vous êtes : des hypocrites et perdez donc tout droit à nous juger moralement. Plus encore, vous justifiez nos propres thèses. ».

Et bien non. Le nazisme n’est pas une opinion comme les autres, parce que le nazisme n’est pas à proprement parler « politique ». Le nazisme n’est pas un discours sur la société, c’est un discours (erroné qui plus est) sur la nature. Le nazisme, c’est-à-dire en réalité la pulsion génocidaire, ne se fonde pas sur l’éradication de « comportements » ou de « situations » néfastes mais « d’êtres » postulés nuisibles.

Ce n’est pas pour ce qu’ils ont fait que les prétendus « sous-hommes » sont envoyés à la mort dans des wagons plombés, c’est pour ce qu’ils sont. Cette radicalité, cet absolu, extrait le nazisme du champ des opinions politiques. Le nazisme, c’est le meurtre, la pulsion morbide érigée en système. Il faut lire ses « théoriciens » : le génocide n’est pas un accessoire du nazisme, ce n’est pas un moyen, c’est une fin, le génocide est le nazisme. En s’extrayant lui-même du champ du discours politique, le nazi se prive des droits et protections afférentes aux discours politiques.

Punch every one of them

Indiana Jones en train de servir la justice.

Est-ce à dire que les nazis n’ont aucun droit ? Est-ce à dire que nous allons les embarquer dans des trains et les enfermer dans des camps pour les y laisser mourir ?

Non, justement parce que nous sommes fidèles à nos valeurs. Nous donnons donc aux nazis les mêmes droits que ceux que nous reconnaissons à tous les criminels : nous les jugerons pour ce qu’ils ont fait et non ce qu’ils sont ; et leur donnerons toujours le droit de s’amender. Nous ne sommes pas des nazis, nous croyons donc à la rédemption, nous pensons que même un nazi peut être ramené au sein du corps social et qu’il ne doit être puni qu’à hauteur de ses propres crimes.

Mais défiler avec une croix gammée en brassard, ça mérite déjà une punition !

Fantassin, boxeur dans l’équipe de « C’est quoi la Gauche ».

 

Image de une : Inglorious Basterds, un film de Quentin Tarantino.

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