Réflexions

President Macron, in french please

Emmanuel Macron, c’est un élan sans précédent de dépolitisation au profit de la « start-upisation » de l’espace public. La fondation de son parti, sa manière de fonctionner, ses discours et l’ersatz de modernité « cool » et « djeuns » dont il se pare, sont constitutifs d’un changement de paradigme. Il faut indéniablement souligner le talent d’Emmanuel Macron, ne serait-ce que parce que sa capacité à partir de rien pour drainer un espoir lui a permis de remporter une présidentielle pour laquelle, un an avant, il n’avait aucune chance.

Où se situe Jupiter   ? Durant la campagne, quelque part dans l’échiquier politique entre la droite et la gauche ; une sorte d’attrape-tout qui vogue au gré des opportunismes programmatiques. Mais dorénavant il est clair qu’il mène plus une politique de droite que de gauche. À « C’est Quoi La Gauche », nous ne sommes guère surpris…

A l’extrême, dans son roman d’anticipation dystopique 1984, écrit en 1949, Georges Orwell introduit une « novlangue » créée par le pouvoir totalitaire comme instrument de contrôle et d’orientation de la pensée.

Ce qui en revanche nous hérisse, c’est la langue de Jupiter et, plus encore, de ses colocataires olympiens. Un mélange de conversations d’open space et de pitch de forums digitaux. Un truc qu’on ne comprend pas. Une nouvelle langue avec laquelle on doit dorénavant composer.

Nos hommes politiques ont un vocabulaire faible. Les écouter revient souvent au supplice tant le verbe est pauvre et la langue martyrisée. S’y ajoute une propension insupportable au jargonnage. La dépolitisation de notre société se ressent aussi dans la langue du politique, celle avec laquelle on pense la chose publique et on s’adresse à des millions de nos concitoyens.

Jupiter est un digne représentant de son époque. Au verbe aride, il ajoute une volonté manifeste de casser les codes de la langue, mais ne nous sert, en fin de compte, que ce phrasé rendu incontournable par la dépolitisation technocratique. Le choix des mots est un exercice politique en soi. La langue charge une culture et un imaginaire qui traduit un dessein collectif. Parler aux gens, c’est s’exprimer dans une langue sincère, qui ne cherche pas à plaire à une caste, une élite souvent dans son entre-soi.

IDBA
La Défense et illustration de la langue française, Joachim du Bellay, 1549. Ce texte ouvrit la voix à des travaux littéraires progressistes, fondateurs d’une langue française évolutive.

Le phrasé du chef de l’Etat et de sa garde rapprochée symbolise jusqu’à la caricature ce qu’ils veulent incarner : la fin du clivage gauche-droite, le culte de la transversalité, l’épuisement de « l’ancien Monde » au profit du nouveau, le leur.

La novlangue marchiste, pour se donner des habits de crédibilité dans son ambition de réformer la France, sert l’appauvrissement de la langue française pour coller à l’esprit du temps, des social business, du digital et de la disruption. Le franglais était déjà entré à l’Elysée, il faut le reconnaître. Avec Macron il s’installe et promet de rester très longtemps. Tiens, n’a-t-il même pas prononcé tout un discours en anglais, pour s’adresser à Trump et récupérer au passage la casquette de commandant en chef du Monde Libre, dont le locataire de la Maison Blanche semble n’avoir que faire ?

Macron a eu son heure de gloire en criant sa rage de défendre l’accord de Paris. Ses partisans étaient aux anges : regardez ce président moderne qui sait marteler ses vérités dans la langue de Shakespeare ! Mais problème, le palais de l’Elysée est proche du 19 avenue Bosquet, siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie, que la France est censée incarner plus que tous les autres pays.

francophonie
Cartographie du pourcentage de francophones par pays (2014), selon l’organisation internationale de la francophonie.

L’esprit Macron se résume à sa formule ridicule et terrifiante en même temps : « faire de la France une startup nation ». Faire de l’Aubrac un vaste hub numérique et ériger sur la Garonne un espace de coworking sur les nouvelles trouvailles du mind mapping

Le président persiste et déroule sa politique de droite dans un jargon censé faire moderne, jeune, branché, agile au mépris de notre belle et vieille langue française. Alors, au risque de ne pas apparaître comme un vieux con (ce que certains d’entre nous à « C’est Quoi La Gauche » sont…), je ne crache pas sur l’anglais de Jupiter. Je dis seulement que la modernité ce n’est pas martyriser notre belle langue.

Saladin, moins Secrétaire que Général du temple de la Francophonie à « C’est Quoi La Gauche ».

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